Woody Allen reprend des thèmes qui lui sont chers : l’opposition entre optimisme et pessimisme et l’éveil du sentiment amoureux avec un joli tour de magie au décor azuréen.
Par Victoria Melville

Comme toujours chez Woody Allen, la légèreté apparente du ton cache une construction méthodiquement élaborée et des réflexions très personnelles sur sa propre perception de la vie. On retrouve ici le même schéma que dans Whatever Works, sa très belle réalisation de 2009 avec Larry David : un homme pessimiste et désabusé, ancré dans ses certitudes et l’immédiateté de son quotidien, voit sa vie profondément bousculée et transformée par l’arrivée d’un élément perturbateur, son exact opposé, du moins semble-t-il le croire au début du récit. Tout le film, joliment porté par ses acteurs principaux, tourne donc autour de l’éveil du héros, d’une part à la possibilité d’un optimisme réaliste, et d’autre part au sentiment amoureux spontané et non calculé.

Cette conclusion est bien évidemment discutable et la propre personnalité de Woody Allen nous oblige à la prendre avec une certaine forme d’ironie. En effet, toute la construction du film repose sur le postulat que l’excès de culture et de connaissances du héros le rend pessimiste et fermé à la beauté du monde parce que réaliste sur la nature humaine. Ainsi, seule l’ignorance permettrait l’ouverture d’esprit nécessaire pour faire avancer et découvrir, faute de quoi, il faudrait mettre de côté ses connaissances et s’aveugler volontairement en prétendant la naïveté. Ce qui est un peu dérangeant ici, c’est le schématisme excessif tant de la construction incroyablement formelle du film que du personnage de Stanley qui assimile finalement connaissances et certitudes. C’est un écueil regrettable pour le cinéaste des hasards, de l’ironie et de la surprise. De fait, Colin Firth a un jeu légèrement excessif, un peu outré, trop proche de ce qu’il a offert sur des films précédents. Malgré tout son talent, peut-être n’est-il pas tout à fait à sa place dans ce rôle de presque jeune premier sarcastique. Peut-être aussi souffre-t-il de l’affection sans borne que semble porter Woody Allen tant pour son personnage que pour Emma Stone elle-même, tout à fait convaincante dans le rôle. Par ailleurs, des invraisemblances historiques affaiblissent l’ensemble. L’invraisemblance est un ressort régulier dans le cinéma de Woody Allen mais il est difficile de montrer un couple non marié vivant sous le même toit dans le Londres des années 1920, ou une jeune fille d’une vingtaine d’années se promener toute la journée en maillot de bain sur la Côte d’Azur. C’est un peu dommage.
En bref, Magic in the Moonlight est sans aucun doute un bon film, un bon moment de cinéma, mais ce n’est pas un grand Woody Allen. Il faut sans doute admettre qu’on place la barre très haut. Comme un gâteau au chocolat un peu trop sucré, c’est bon, très bon même, voire addictif, mais c’est aussi un peu écœurant.
- Magic in the Moonlight, comédie de Woody Allen, sortie le 22 octobre 2014, avec Emma Stone, Colin Firth, Eileen Atkins, Marcia Gay Harden, 1h38
2 réponses
nous avons assez de naze en france pour subir ce soi disant genie …
Woody Allen a-t-il réalisé un bon film depuis Annie Hall ?