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Retraites : le 49.3 qui risque de provoquer la chute de Macron

Le style autoritaire du gouvernement a transformé la question des retraites en référendum anti-Macron.

Depuis que le gouvernement a choisi d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution jeudi dernier pour faire passer en force sa réformette des retraites, le pays se crispe de nouveau. Les manifestations qui se succèdent et se prolongent tard dans la nuit ont pris une coloration insurrectionnelle inquiétante, occasionnant le déploiement d’un dispositif policier impressionnant.

Aurore Bergé a demandé au ministère de l’Intérieur d’assurer la protection des parlementaires macronistes susceptibles de subir les violences d’une opposition qui dérape dans la rue.

Certains s’indigneront -à raison- du corporatisme à front de taureau blanquiste qui interdit toute réforme dans un pays pris dans une spirale de déclin et de violence. Se contenter de cette explication serait cependant manquer le point essentiel.

Le style autoritaire du gouvernement a transformé la question des retraites en référendum anti-Macron, référendum qui est en train d’enrayer la machine politique élyséenne pour de bon. La  verticalité macronienne tant célébrée par la classe médiatique en 2017 est en train de se retourner en splendide isolement de l’exécutif en 2023.

 

Réforme absente, contestation partout

Certes, réformer les retraites est impératif. Et les syndicats et autres professionnels du blocage ne font que pourrir la situation. Ce n’est cependant pas poser la rustine macroniste sur un système condamné qui changera quoi que ce soit, et seule une ouverture franche et claire à la capitalisation permettra de sauver un système démographiquement condamné.

Aujourd’hui, rien n’a été fait pour pallier le déficit endémique du système et c’est donc l’impôt et la dette qui continueront d’alimenter la machine. Les enfants paieront et tant pis pour leur avenir.

Seulement, conclure le débat sur les retraites par le 49.3 ne fait que répéter à l’identique la méthode macronienne sur tous les sujets : on joue sur l’autoritarisme de la Cinquième République pour cornériser sa dimension parlementaire et démocratique, et on remplace le débat public par de la communication technocratique. Mais cette fois-ci, ça ne passe plus, tout le monde commence à voir les ficelles.

 

Légalité v. légitimité politique

Juridiquement, il n’y a rien à dire, les formes du droit ont été respectées. Politiquement, la Macronie a réussi le tour de force lamentable de requinquer la gauche mouvementiste, dissoudre la droite modérée et provoquer l’effondrement de la cote de popularité de son président dans les sondages, qui est aussi son seul argument de vente.

Se dessine lentement mais sûrement un boulevard pour la droite populiste qui, dans cette empoignade de maquignons, réussit à faire passer sa léthargie politique pour de la modération.

Si l’écart se creuse encore entre le peuple et l’exécutif, ce dernier aura beau avoir les formes du droit pour lui, et son gouvernement échapper de peu à la motion de censure, il sera impuissant à agir. La classe politique ne suivra pas un gouvernement condamné et la légalité ne peut pas se substituer aux tensions réellement existantes au sein du corps social.

Il n’est pas certain que l’éventuel sacrifice politique du gouvernement Borne sauve Emmanuel Macron, qui risque fort de finir son mandat en inaugurant les chrysanthèmes comme son prédécesseur Chirac après le choc du 21 avril 2002.

Image de Frédéric Mas

Frédéric Mas

Frédéric Mas est journaliste et rédacteur en chef de Contrepoints.org. Après des études de droit et de sciences politiques, il a obtenu un doctorat en philosophie politique (Sorbonne-Universités). Il s'intéresse en particulier à la politique internationale, aux théories économiques contemporaines et à la vie des idées. Il écrit également pour Atlantico.

2 réponses

  1. Le peuple a pourtant élu Macron en toute connaissance de cause… Et c’est bien fait pour lui. Perso, j’ai été voter, j’ai pas voté pour lui, et concernant la retraite, j’en un peu rien à faire, car je devrais travailler jusqu’à 67 ans (donc débattre sur 64, 63 ou 65, c’est juste ne pas vouloir changer le système, qui doit être réformé avec de la capitalisation, comme le souligne très bien l’auteur)…

  2. Déjà 49.9, tout augmente!

    Si une simple rustine débonnaire expérimentale et révisable suffit à susciter la révolte populaire, imaginons ce que provoquerait une vraie réforme digne de ce nom qui remplacerait du parasitisme par du cacapitalisme.

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