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Célébrez, vous êtes riches!

Pourquoi la hausse des revenus affichée par les statistiques n'est-elle pas visible pour tout un chacun?

Pourquoi la hausse des revenus affichée par les instituts officiels de statistiques n’est-elle pas visible pour tout un chacun? Analyse à partir de l’exemple canadien.

Un article de David Descôteaux, de Montréal, Québec.

DollarCélébrez! Votre revenu disponible a grimpé de 2,1 % l’an dernier.

C’est l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) qui le dit. Ce revenu est passé à 26 642 $ en 2010. (Grosso modo, il s’agit de vos revenus + les prestations que vous recevez du gouvernement, moins vos impôts + les cotisations que vous payez sur votre chèque de paye.)

Sentez-vous cette nouvelle richesse au fond de vos poches? Je gage que la plupart d’entre vous me diraient non. Pourquoi, malgré ces chiffres, avons-nous l’impression de tirer le diable par la queue?

Dans le trou

D’abord, notons que trois régions du Québec font grandement monter la moyenne : Côte-Nord (+ 7,0 %), Nord-du-Québec (+ 6,2 %) et Abitibi-Témiscaminque (+ 6,1 %). Je vous laisse deviner ce qui unit ces régions : les mines. Et le boom des ressources naturelles. Par exemple, l’emploi a grimpé de 10 % en Abitibi-Témiscaminque en 2010. Si on parle d’emploi à 100 000 $ dans le secteur minier, ça fait grossir la moyenne.

Mais les salaires ont quand même grimpé de 4,3 % dans l’ensemble du Québec. Pourquoi alors se sent-on pris à la gorge? J’y vois trois explications :

1— Nous consommons comme des poules sans têtes. Les statistiques continuent de le démontrer : nous fracassons trimestre après trimestre des records d’endettement. Ce Noël-ci, combien d’entre nous allons défoncer notre budget cadeaux (comme si on en avait un…) et tout mettre ça sur la carte de crédit? Du coup, on va augmenter un peu plus nos paiements d’intérêt, et engraisser les profits des banques. Ce qui ne nous empêchera pas, entre deux bouchées de tourtière au réveillon, de chialer contre ces méchants capitalistes.

2— L’inflation nous fait mal. La vraie, celle qui nous touche tous les jours : la bouffe, le lait, l’essence, le loyer. Les économistes nous répètent que l’inflation tourne autour de 2 %. Mais chaque fois que je quitte l’épicerie du coin, j’ai l’impression qu’ils ont oublié un zéro.

3— Les taxes, qui grignotent notre portefeuille. Le calcul de l’ISQ ne les inclut pas. Or le gouvernement Charest a promis de ne pas toucher aux impôts, mais il fait tout pour aller nous chercher par la poche d’en arrière. Hausse de TVQ (encore 1 % de plus le 1er janvier), taxes sur l’essence, taxe santé, Hydro… Et bien sûr, les taxes foncières. Demandez aux Montréalais s’ils sentent que leur revenu disponible augmente! Ou pire, aux résidents de L’Ancienne-Lorette. Ces derniers viennent d’apprendre que leur compte de taxe va exploser de 33 % l’an prochain!

Bref, comme consommateur on creuse notre propre tombe. Le gouvernement vient ensuite nous enterrer à coups de pelle.

Iglou, iglou…

Parlant de taxes indirectes… Allez-vous faire un tour à la SAQ tantôt? Si c’est le cas, pourquoi pensez-vous que vous payez vos bouteilles 30 % trop cher? Nos politiciens ont besoin d’argent. Un rappel : lors du dernier budget, la SAQ a promis de livrer au gouvernement 115 millions $ de plus.

Mais qui sommes-nous pour nous plaindre? Au fond, nos élus sont comme nous : pour eux aussi, la modération a bien mauvais goût.

Image de David Descôteaux

David Descôteaux

David Descôteaux est titulaire d’une maîtrise en science politique et d’un baccalauréat avec majeure en sciences économiques de l’Université de Montréal, où il est également chercheur associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA). Il a notamment gagné le Prix de la relève de Magazines du Québec en 2008 et le prix Excellence Caisse de dépôt et placement du Québec – Merrill Lynch en journalisme économique et financier en 2007.
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