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Chronique de Noël pas très joyeuse

Nous avons grandement exagéré avec notre surconsommation dans les dernières années

Faites-vous partie de ceux qui vont assaillir le centre commercial aujourd’hui pour acheter vos derniers cadeaux ? Si oui, prenez le temps de regarder la petite carte de plastique que vous donnez au caissier pour payer vos achats. Si les années qui viennent s’annoncent difficiles pour la plupart d’entre nous, c’est en grande partie à cause d’elle.

Je ne suis pas un adepte de la simplicité volontaire, ni militant écolo, ni anti-consommation. Mais il faut se rendre à l’évidence : nous avons grandement exagéré avec notre surconsommation dans les dernières années, et nous allons payer pour.

Maudit crédit !

Deux statistiques sont parues ces derniers jours qui donnent froid dans le dos. D’abord, les Canadiens sont maintenant plus endettés que les Américains. La dette des ménages canadiens s’alourdit année après année, et atteint aujourd’hui une fois et demie son revenu annuel, un record. Les jovialistes diront que la valeur des actifs des ménages – la maison ou les placements en bourse – a aussi augmenté, ce qui relativise les choses. Oui, sauf que le prix des maisons et des actions, ça peut s’écrouler rapidement (parlez-en aux Américains). Les dettes, elles, demeurent.

On s’endette… et on épargne peu. Au Québec, 38% de la population active ne possède aucune épargne pour la retraite, selon la Régie des rentes. Et plus de la moitié des Québécois risquent d’être pas mal plus pauvres à la retraite qu’en ce moment.

Que signifient ces deux tendances ? Nous consommerons moins dans le futur. Notre économie risque de tourner au ralenti, et plusieurs emplois se perdront.

Nos gouvernements pourront-ils nous sauver ? Non. Ils sont encore pires ! La revue The Economist estime la dette publique mondiale à près de $41.000 milliards. Du jamais vu. Le Canada est parmi les plus endettés, avec une dette par habitant de $38.700s. Encore plus que les Américains. Une dette élevée signifie des impôts et des taxes élevés pour la génération actuelle et la prochaine. Rien pour nous aider.

Allez-y mollo

Soyons réalistes. Une croissance économique durable reviendra seulement quand tout ce beau monde aura réduit son endettement à un niveau soutenable. À moins d’un miracle, des années d’austérité et de sacrifices nous attendent, qu’on le veuille ou non.

C’est pourquoi je me méfie des prévisions faites avec des lunettes roses par nos gouvernements. Je pense que la situation sera pire que ce qu’ils anticipent. En conséquence, les gouvernements devraient se serrer la ceinture encore plus qu’en ce moment. (Pour ce qui est du gouvernement québécois, s’il commençait à se la serrer, ce serait déjà un bon départ.)

C’est aussi pourquoi je n’hésite pas à dénoncer – comme le fait régulièrement ce journal – les excès et les gaspillages de ceux qui, alors que le bateau coule, continuent de s’empiffrer au buffet sans penser aux contribuables et à la prochaine génération. L’égoïsme de plusieurs groupes d’intérêt – syndicats agricoles, fonction publique, grosses entreprises –, qui cherchent constamment à bonifier leurs conditions sur le dos des contribuables, m’exaspère dans le contexte actuel.

Loin de moi l’idée de vous gâcher votre magasinage des fêtes. Mais si j’étais vous, j’irais mollo avec la carte. Et je souhaiterais de tout cœur que nos gouvernements, eux aussi, commencent à y aller mollo. Car lors des prochains Noël, on risque de voir un peu moins de cadeaux au pied de l’arbre.

Image de David Descôteaux

David Descôteaux

David Descôteaux est titulaire d’une maîtrise en science politique et d’un baccalauréat avec majeure en sciences économiques de l’Université de Montréal, où il est également chercheur associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA). Il a notamment gagné le Prix de la relève de Magazines du Québec en 2008 et le prix Excellence Caisse de dépôt et placement du Québec – Merrill Lynch en journalisme économique et financier en 2007.
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