Par Philippe Silberzahn
La complexité du processus d’innovation et l’incertitude à laquelle sont confrontés les entrepreneurs a posé depuis longtemps la question de l’approche générale du processus entrepreneurial. Une approche qui se développe ces derniers temps est celle d’échouer vite (« fail early »). En substance, l’idée est que comme on ne peut pas trop savoir où l’on va, il faut essayer quelque chose, voir rapidement si ça marche et si ça ne marche pas, abandonner et essayer autre chose. Cette idée est séduisante : elle appelle à une ouverture d’esprit et flatte l’entrepreneur en mettant en avant sa capacité à prendre de difficiles décisions. Elle est toutefois dangereuse car, comme souvent dans ces cas-là, elle repose sur une conception implicite, mais erronée, du processus d’innovation, que ce soit pour l’entrepreneur ou pour l’entreprise existante. Regardons pourquoi.
Dans un article précédent, je montrais au travers du cas des kits photoélectriques en Afrique en quoi l’innovation est un processus social dans lequel l’action de l’innovateur (ou de l’entrepreneur) consiste à créer un réseau de valeur constitué d’un ensemble d’acteurs (clients, fournisseurs, préconisateurs, partenaires, régulateurs, etc.) qui deviennent parties prenantes au projet. La nature sociale de la démarche de l’innovateur en fait donc un processus extrêmement complexe et fastidieux. Il faut convaincre les parties prenantes de s’engager dans le projet une à une.

Plus le projet est un projet de rupture, plus il se développe dans un environnement incertain. Dans ce type d’environnement, la démarche d’essai-erreur fonctionne mal. Quelque chose peut échouer, mais on peut avoir intérêt à continuer néanmoins : Nespresso a ainsi connu deux échecs de lancement avant de réussir la troisième fois. Le risque avec le credo « échouer vite pour essayer autre chose » n’est pas seulement d’abandonner trop tôt, mais surtout d’abandonner pour de mauvaises raisons sans pouvoir tirer les leçons d’un premier échec. Cet impératif est plus une attitude macho de gens peu au fait de ce qu’est l’innovation qu’un guide pratique pour l’innovateur.
—
Sur le web.

2 réponses
Pour moi la conclusion est qu’il faut commencer « petit » et sur une partie limitée de l’activité de l’entreprise. On tire les mêmes enseignements d’un projet à petite échelle qu’à grande échelle. En revanche aucun banquier ou actionnaire sensé ne suivra l’entrepreneur en risquant l’ensemble du capital mais sans aucune visibilité sur les chances même de réussite.
Plus facile à dire qu a faire… Une fois le brevet payé( ou les!), les frais juridiques, le tps de développement… Il faut avoir les reins solides. Prendre le tps s adresse aux grosses Pme. Nous avons 300000€ (argent perso+bpi+reseau initiative+banque)… On est en mode start-up… Quand y en aura plus y en aura plus:-)