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Emploi : nous sommes-nous posé les bonnes questions ?

Les hauts fonctionnaires français ne peuvent pas se poser les bonnes questions pour l'emploi, ils ne connaissent pas l'entreprise.

Les hauts fonctionnaires français ne peuvent pas se poser les bonnes questions pour l’emploi, ils ne connaissent pas l’entreprise.

Par Bernard Zimmern.
Un article d’Emploi 2017.

Chers lecteurs,

Au seuil des grandes vacances, laissez-moi vous remercier de nous avoir accompagnés dans cette aventure qu’est emploi 2017 et de nous avoir permis de faire, grâce à vous, un certain nombre de découvertes, malgré déjà plus d’un quart de siècle consacré à l’étude des politiques publiques.

André Messiah, résistant et physicien qui vient de disparaître, enseignait que l’esprit scientifique consiste moins à savoir des choses qu’à se poser des questions. Nous sommes-nous posé les bonnes questions ?

Brièvement rappelé, ce qui n’était au départ qu’une protestation contre 30 années d’échec des politiques économiques françaises, a logiquement débouché sur la dénonciation de nos institutions les plus établies, au premier rang desquelles le ministère des Finances avec, en son cœur, la Direction de la Législation Fiscale, DLF, et l’INSEE, distributeur d’informations tronquées, voire systématiquement fausses.

Dernièrement, un lecteur ne nous a-t-il pas rappelé que l’INSEE n’avait même pas été capable de publier les résultats de son enquête phare, l’enquête-emploi, pourtant standardisée dans les pays de l’OCDE, et ne sait pas où elle a déraillé.

Mais la constance des efforts pour la création d’emplois depuis le retour de la droite au pouvoir en 2002, avec notamment les services à la personne de Jean-Louis Borloo et les auto-entrepreneurs d’Hervé Novelli, nous ont fait prendre conscience de l’incapacité de la droite à aborder la vraie question au centre de la création d’entreprises et donc de l’emploi : comment pousser les « riches » à investir et créer des entreprises. La droite a tellement peur de se voir identifiée aux riches, par la même panique qui l’empêche de s’attaquer à l’ISF, qu’elle n’a cessé de se contenter de créer des « petits boulots », de faire « mieux que rien ». Nous sommes visiblement parvenus au bout du chemin où nous conduit cette lâcheté.

Mais le plus innovant pour nous a été de découvrir que cette peur a été créée et organisée par une petite troupe d’étatistes et parasites de l’État, qui en vivent. Au nom de la lutte contre les inégalités ils ont attaqué le « 1% », le centile le plus riche, alors que ce centile, en France comme aux USA, est, en gros, responsable de la moitié des investissements dans les entreprises. Et alors que ce 1% est constitué pour plus de moitié par des entrepreneurs vivant d’une seule entreprise, qu’ils ont souvent créée en partant de rien. En le vilipendant, ces égalitaristes condamnent en fait des générations de jeunes au chômage dont ils sont, eux, parfaitement abrités car payés par l’État.

Nous avons certes continué à publier les résultats de recherches sur les gazelles, qui montrent que ces entreprises à forte croissance sont celles qui font l’emploi, que leur création ne peut se faire efficacement que par l’argent privé, pas l’argent public, et que même tous les agents privés ne sont pas bons pour bien investir, il nous faut des « chiens truffiers », des investisseurs privés qui sentent où placer les fonds publics, comme l’ont montré avec talent les canadiens.

Mais la dernière découverte que nous avons faite, et nous n’en croyions pas nos yeux, est de comprendre enfin pourquoi, que la droite ou la gauche soit au pouvoir, les politiques françaises de création d’entreprise et d’emplois sont, au mieux, nulles, au pire dévastatrices. Nous savions d’expérience que c’est parce que c’est en fait Bercy qui dirige la politique économique française. Et parce que ce sont les mêmes que l’on retrouve en dessous du niveau Élysée-ministres qui font dérailler les mesures qui ne plaisent pas à l’expansionnisme de Bercy, et qui imposent leurs propres mesures.

Mais nous n’avions jamais mesuré quel était leur niveau de non-connaissance de l’entreprise. En faisant l’inventaire des carrières des 95 plus hauts fonctionnaires de Bercy, seuls 3 ont passé au moins 1 an dans une entreprise privée, mais nous avons trouvé en revanche, 42 énarques. Et à la DLF, ou au sommet de l’INSEE, ceux dont nous avions expérimentalement dénoncé les méfaits, zéro − oui zéro − personne n’est passée par une entreprise.

Et nous nous étonnions d’avoir des législations fiscales qui démolissent notre tissu économique et une information statistique souvent débile sur les entreprises, alors que ces dernières représentent près de 80% des emplois, et collectent près de 80% des recettes de l’État.

Il est clair que nous avons complètement déraillé en France sur le recrutement des élites qui nous dirigent et que c’est probablement là le talon d’Achille français, expliquant le désastre économique et social actuel.

Désastre que nous allons tenter d’oublier pour quelques semaines en vous souhaitant d’excellentes vacances et un retour en forme pour un automne qui devrait être chaud et plein de surprises.

Image de Bernard Zimmern

Bernard Zimmern

Bernard Zimmern est ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1949) et de l'ENA (promotion Albert Thomas 1955). Après 6 ans chez Renault, 10 ans comme directeur du département R&D de la CEGOS, il crée une société pour développer ses inventions de compresseurs rotatifs, émigre aux États-Unis en 1983 où il découvre le rôle capital des think-tanks dans la croissance et la défense de la Société Civile et, comme beaucoup d’entrepreneurs américains, investit une grande partie de la petite fortune qu’ont rapporté ses inventions pour créer en France en 1985 l’un des premiers think tank sans financement d’État, l’iFRAP, reconnue fondation d’utilité publique en 2009 et un institut de recherche en 2005, l’IRDEME, pour développer une discipline économique quasiment ignorée en France : la démographie des entreprises. En septembre 2012, il lance "Emploi 2017" un site de réflexion sur la création d'emplois. Il y propose une analyse des leviers politiques et fiscaux qui entravent ou favoriseraient l'Emploi.

Une réponse

  1. En fait, il est stupide de « mettre l’emploi au coeur des préoccupations » : c’est comme se soucier d’un thermomètre au lieu d’un malade !

    Engager quelqu’un, ce n’est pas se ruer sur des promotions ! C’est un acte de foi dans l’avenir.

    Donnez de l’oxygène à vos entreprises, cessez de les étouffer, et l’emloi suivra tout seul.

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