ARCHIVES

Justice
Justice By: <a href='https://www.flickr.com/photos/86530412@N02/7953227784/' target='_blank'>Chris Potter</a> - <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/">CC BY 2.0</a>
Lecture : 3 minutes

Pourquoi le jour de carence des fonctionnaires avait disparu

En annonçant que la journée de carence va être rétablie pour les fonctions publiques, le gouvernement d’Édouard Philippe répond aux revendications des Français sur l'égalité entre secteur public et secteur privé.

Par Bernard Zimmern.

Les accords entre partenaires sociaux prévoient depuis longtemps que les journées d’absence pour maladie-maternité soient payées au salarié ; mais c’est une tentation offerte pour allonger les week-ends ou les ponts et, dans le secteur privé, figurent depuis longtemps trois jours de carence non payés au début de toute absence, sauf convention particulière.

Ces journées de carence ne figurent pas dans les statuts des fonctions publiques, et des enquêtes menées par l’iFRAP et publiées en 1998 à partir des bilans sociaux (absentéisme déclaré par les administrations) ont montré que l’absentéisme dans les fonctions publiques nationales, locales et de santé, était entre deux et trois fois plus important que dans le secteur privé.

 

Plus de chiffres sur les absences de la fonction publique

À la suite de cette publication, les fonctions publiques d’État ont cessé de publier les chiffres d’absentéisme maladie dans leurs bilans sociaux (ce qui est illégal) mais l’iFRAP a pu continuer à les suivre pour les fonctions publiques locales et celle de santé. Alors que cet absentéisme représente environ 3 % du temps annuel travaillé dans le secteur privé, il atteignait en moyenne plus de 6 % dans les secteurs publics avec des pointes à 18 % dans le personnel de municipalités comme Aix.

L’exposé de ces résultats dans la revue Société Civile et à la radio par la directrice de l’iFRAP, Agnès Verdier-Molinié, a été entendu par un député de la majorité Sarkozy, Dominique Tian, et, par amendement dans une loi de finances, il a introduit une journée de carence pour l’ensemble des fonctions publiques à compter du 1er janvier 2012.

Cette simple mesure a immédiatement entraîné une réduction des journées d’absentéisme isolées d’environ 40 %, les fonctionnaires cessant par exemple de prendre des mercredis pour s’occuper des enfants, ou des lundis ou vendredis pour allonger les week-ends, entraînant une économie pour les finances publiques évaluées à 160 millions.

 

La suppression surprise du jour de carence

Cela a été donc une surprise lorsqu’au printemps 2013 Marilyse Lebranchu, ministre de la Réforme de l’État, de la décentralisation et de la Fonction publique a proposé de supprimer cette journée de carence dans la prochaine loi de finances au motif qu’un rapport DARES de février 2013 montrait que l’absentéisme dans le secteur public n’était pas différent de celui dans le secteur privé.

Pour justifier cette suppression, elle s’appuyait, en effet, sur une étude de la Dares sortie en février 2013, reprenant les chiffres de l’enquête emploi de l’INSEE.

L’une des justifications de la ministre était en effet que :

« Il n’y a pas de problème.  Une étude récente de la Dares sur les absences au travail pour raison de santé en 2011, c’est-à-dire avant la mise en place du jour de carence, démontre que les comportements ne sont pas différents entre fonctionnaires et salariés en CDI en matière d’arrêt de travail. L’enquête Dares fait état d’un taux d’absentéisme de 3,7 % pour les salariés en CDI de plus d’un an et de 3,9 % pour les fonctionnaires. »

Donc, puisque les conventions collectives du secteur privé couvriraient d’après elle, 80 % du paiement des jours de carence des salariés du privé, pourquoi pénaliser le public avec une journée de carence non payée ?

 

Les limites de l’enquête INSEE

L’enquête emploi de l’INSEE sur laquelle s’appuie la DARES est une enquête phare pratiquée chaque trimestre et qui suit les définitions et règles d’Eurostat. Mais c’est une enquête réalisée par téléphone et qui laisse une certaine part d’appréciation à l’enquêteur.

Comme relaté par Emploi-2017, une explication remarquablement embarrassée du directeur de l’INSEE, Jean-Luc Tavernier, devant le bureau du CNIS, l’organe de contrôle de l’INSEE, n’a pas permis de lever le doute qui plane sur l’honnêteté de l’enquête emploi de l’INSEE1dont les résultats sont manifestement contraires aux résultats de l’absentéisme pour maladie tels qu’ils ressortent des bilans sociaux publiés par les diverses administrations ou même d’autres enquêtes INSEE.

En annonçant que la journée de carence va être rétablie pour les fonctions publiques, le gouvernement d’Édouard Philippe s’inscrit dans une triple revendication des Français :

  1. Lutte contre le déficit public
  2. Administration davantage au service des contribuables
  3. Égalité des traitements entre public et privé

 

À noter que l’introduction d’une seule journée de carence contre trois dans le secteur privé laisse encore une marge de progression à Gérard Darmanin, le ministre en charge du budget.

 




Notes :
  1.  Sur la qualité des publications INSEE, voir la dizaine d’articles publiés par emploi-2017.
Image de Bernard Zimmern

Bernard Zimmern

Bernard Zimmern est ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1949) et de l'ENA (promotion Albert Thomas 1955). Après 6 ans chez Renault, 10 ans comme directeur du département R&D de la CEGOS, il crée une société pour développer ses inventions de compresseurs rotatifs, émigre aux États-Unis en 1983 où il découvre le rôle capital des think-tanks dans la croissance et la défense de la Société Civile et, comme beaucoup d’entrepreneurs américains, investit une grande partie de la petite fortune qu’ont rapporté ses inventions pour créer en France en 1985 l’un des premiers think tank sans financement d’État, l’iFRAP, reconnue fondation d’utilité publique en 2009 et un institut de recherche en 2005, l’IRDEME, pour développer une discipline économique quasiment ignorée en France : la démographie des entreprises. En septembre 2012, il lance "Emploi 2017" un site de réflexion sur la création d'emplois. Il y propose une analyse des leviers politiques et fiscaux qui entravent ou favoriseraient l'Emploi.

Une réponse

  1. Pourquoi s’arrêter à une journée ? Remettre pour TOUS (sans conditions) , 2 jours de carence et ne pas permettre dans le privé, une couverture par les conventions collectives une prise en charge des jours de carence.Ce sera un premier pas vers la valorisation du travail, qui ,depuis les 35 heures, a été considéré comme une contrainte.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Inscrivez-vous pour recevoir la Lettre des Libertés

Recevez la lettre tous les matins.