Viennent de paraître deux ouvrages consacrés à deux sociologues, le Français Gabriel Tarde et l’Anglais Herbert Spencer, importants en leur temps mais occultés aujourd’hui.
Par Alain Laurent
Article publié en collaboration avec l’Institut Coppet


Il achève son ouvrage par quelques aperçus sur « Tarde contre Durkheim » : peut-être aurait-il dû plutôt dire… « Durkheim contre Tarde » tant Durkheim (que R. Boudon a eu grand tort de compter au nombre des penseurs libéraux !), pratiquant du holisme méthodologique, a œuvré pour limiter l’audience de Tarde dans les milieux universitaires. C’est hors de l’université que l’ancien magistrat de Sarlat a tardivement trouvé refuge pour enseigner : à l’École libre de sciences politiques puis au Collège de France…

Les contributeurs s’y intéressent à des aspects marginaux et disparates de la philosophie spencerienne en physiologie, cosmologie (!) ou pédagogie qui ont sans doute un intérêt mais en feraient presque oublier l’individualisme radical et jusnaturaliste qui caractérise la pensée de celui qui a inspiré Margaret Thatcher et tant de libertariens américains.
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Sur le web.
Une réponse
Je n’ai, malheureusement, pas encore trouvé le temps de lire les théories mimétiques de G Tarde. Je signale cependant la théorie du désir mimétique développée par Réné Girard.
La théorie de R Girard repose sur le fait que l’on n’imite pas l’action de l’autre, mais que l’on reprend à notre compte son désir. De cette théorie, il tire des enseignements qui expliquent la violence des sociétés (par le conflit naissant de l’impossibilité d’atteindre le même objet du désir par les protagonistes) d’où le meurtre des jumeaux dans les mythes créateurs, le mythe de l’étranger ou du « différent » devenant bouc émissaire…
Pour sortir de cette enchainement de la violence, il faut avoir une vision externe du système ce que seul permet la liberté, que ce soit de pensée ou d’acquisition. De fait, c’est le moteur de la créativité car il permet de mettre à la disposition de tous ce qui était objet du désir. A travers cela on peut comprendre le succès des journaux people, de la nouvelle voiture, du dernier portable…
Le problème arrive quand le désir disparait, il n’ y a plus de situation désirable, le moteur disparait. Tous sont égaux et tous commencent à haïr leurs voisins, car très proches. Il n’y a plus d’incitations à créer. Le seul lien stabilisateur possible devient la haine du bouc émissaire (le politique, le banquier, le juge, l’étranger…).
Seule l’inégalité est stabilisatrice au travers du désir marchand (voiture, maison, téléphone, telé…) ou du désir « religieux » pour imiter un personnage mythique (Don Quichotte imitant un chevalier mythique de Gaule, je crois).
Il faut donc pouvoir se projeter dans l’avenir pour envisager de réaliser son désir, ce qui est parfaitement impossible dans des périodes d’instabilité (guerre -avec réserves-, monétaire…), ce qui nous ramène au point vu ci dessus et qui peut expliquer beaucoup des situation vécues aujourd’hui.