ARCHIVES

impôts de production bruno le maire
Bruno Le Maire by EU2017EE(CC BY 2.0)
Lecture : 4 minutes

Bruno Le Maire et l’argent des autres

La vraie « tenue » des finances publiques exigerait un débat sur la réduction du rôle de l’État dans l’économie et un accord sur un plan de réduction des dépenses publiques. Nous en sommes à des années-lumière avec Bruno Le Maire.

Mardi 26 juillet 2022, l’Assemblée nationale n’a pas pu trouver un accord pour voter la Loi de finance rectificative. En clair, un texte qui avalise que la loi de finance initiale a dérapé et que donc le déficit sera revu à la hausse. La Loi pouvoir d’achat ayant été votée par les députés, l’adoption de la PLFR bute sur le dossier de la renationalisation d’EDF (une bricole à 9,7 milliards d’euros qui viendra s’ajouter à un océan de dettes de 2900 milliards).

« Débats interminables », « pure politique politicienne », s’agace le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique qui énonce cette phrase stupéfiante : « J’en appelle au MoDem, à Horizons, aux Républicains et à Renaissance, tenons les comptes publics ! ».

Bigre ! Tenir les comptes publics ? L’infatigable promoteur du quoi-qu’il-en-coûte aurait-il senti le vent élyséen tourner ? « Chaque euro compte. Nous devons être responsables avec l’argent du contribuable » avait-il tweeté quatre jours auparavant en commentant la hausse de taux de la Banque centrale européenne.

En multipliant les amendements, la Nupes met bien en valeur notre vaillant Bruno Le Maire : gardien de nos finances publiques, mais défenseur du faible terrassé par l’inflation, ennemi déclaré des taxes…

Vous n’en croyez pas vos yeux et vos oreilles ? Si, si : c’est bien le promoteur de la taxe Gafam et de la contribution spéciale des profiteurs de crise qui parle ainsi…

Quant aux Républicains, toujours aussi courageux et invertébrés, ils ont renoncé à remettre en cause la taxe sur la taxe (en l’occurrence la TVA sur la TIPP) à l’occasion de la loi d’urgence pouvoir d’achat.

Le problème avec Bruno Le Maire est que sa parole et ses actes sont diamétralement opposés. À donc quoi se fier ? Aux actes, bien sûr.

 

Des finances publiques dégradées sous Bruno Le Maire

Concernant la tenue des comptes publics, la gestion Le Maire est la plus laxiste que la France ait connue. Mitterrand (celui de la glorieuse époque socialo-communiste comme celui des cohabitations) et Sarkozy activistes en proie à la crise financière sont des nains comparés à Bruno Le Maire. Les déficits et la dette publique rapportée à la taille de l’économie n’avaient jamais gonflé aussi vite que sous son ministère.

 

Évolution des déficits en milliards d’euros

Source tradingeconomics.com

 

Évolution de la dette publique rapportée au PIB (en %)

Source tradingeconomics.com

 

D’où vient ce décalage entre les paroles et les actes ? Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, se voit en grand administrateur de l’entreprise France.

Le PIB national lui appartient. Il décide de qui a le droit de gagner de l’argent, de qui fait des profits « indécents », des augmentations de salaire du secteur privé, des bons secteurs (le green business, l’alimentation bio, le numérique franco-français…) et des mauvais (le pétrole, l’agriculture conventionnelle, les moteurs à explosion… ), des activités qu’il convient de subventionner et de celles qu’il faut punir par la taxation.

Ayant ainsi mentalement nationalisé le PIB français, il ne peut y avoir de problème de finances publiques. L’État contrôle déjà directement ou indirectement 60 % du PIB (la part des dépenses publiques rapportées au PIB). Le gouvernement a le pouvoir de décréter du pouvoir d’achat : il lui suffit de prendre l’argent là où il se trouve encore. Selon cette logique, Bruno Le Maire a raison : les débats de l’Assemblée législative ne représentent qu’une perte de temps.

Ces débats sont d’autant plus stériles que les arguments des opposants – de la Nupes au Rassemblement national en passant par Les Républicains ou le Modem – ne sont pas des arguments de fond. Ce sont de futiles arguties clientélistes sur comment distribuer des ressources qu’ils n’ont pas créées, qui ne leur appartiennent pas et qu’ils ne savent pas créer.

La vraie « tenue » des finances publiques exigerait un débat sur la réduction du rôle de l’État dans l’économie et un accord sur un plan de réduction des dépenses publiques. Nous en sommes à des années-lumière avec Bruno Le Maire. Pour voir revenir un peu de bon sens, il faudra probablement en passer par une crise des finances publiques dégénérant en une crise de l’euro. Ainsi, découvrira-t-on que le pouvoir d’achat ne se décrète pas, l’économie ne s’administre pas, le choix de l’énergie ne s’impose pas par la contrainte, la dette publique ou les impôts ne sont pas l’alpha et l’omega de la prospérité d’une Nation.

La crise qui s’annonce sera à la mesure du quoi-qu’il-en-coûte et des inepties précédentes. Si cette crise vous prend par surprise, aucune loi d’urgence pouvoir d’achat ne vous sauvera.

Image de Simone Wapler

Simone Wapler

Simone Wapler a été directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement des bulles internet et du crédit subprime. Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014),  “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles et « La rage de l’impôt » (2019) aux Éditions Larousse.

7 réponses

  1. Il est injuste de n’incriminer que Bruno Lemaire. Il est avant tout la petite main de Macron, le sous-fifre qui se prend pour un roi. Et puis c’est la totalité de la classe politique qui résonne ainsi pour plus de pouvoir (dépendance de plus en plus importante du citoyen pour un contrôle social à la chinoise) et plus de clientélisme (décider qui reçoit plus et qui contribue plus). Pas un seul ne pense à remettre en question le rôle des pouvoirs publics, les vrais libéraux sont très rares et rapidement découragés.

    1. D’accord avec vous, BLM n’est qu’un sbire qui se prend pour un seigneur. Quant à la classe politique française largement issue de la bureaucratie étatique, elle n’a que faire du secteur privé et de la liberté sauf à faire en sorte que le scorpion qu’elle est ne pique pas trop fort la grenouille qui assure bien malgré elle sa pitance au risque de couler avec elle!

  2. Je ne suis même pas certain que Bruno Le Maire soit capable de mesurer l’étendue des dégâts qu’ils a causés.
    Ce pouvoir n’a aucun courage et n’a même pas été capable de tirer le moindre enseignement du fiasco sanitaire : toujours autant d’ARS, de conseils sanitaires, de chefs de service improductifs qui passent leur temps à la télé…
    La macronie a un défaut majeur : une susceptibilité imbécile qui l’empêche de reconnaitre la moindre erreur, 5000 pompiers volontaires sont toujours suspendus car non vaccinés.
    Le Maire a un bilan désastreux mais il faut croire que Macron n’a pas mieux en magasin puisqu’il a été reconduit pour 5 ans de plus, à moins qu’il ne devienne premier ministre…

  3. Bah, le but du jeu est de livrer la France en pâture pour le fmi… D’où le, quoi u qu’il en coûte de notre vendeur de la France a la découpe…. Y a plus d’autres choix et surtout aller vite.. Plus vite que le peuple.

  4. « la réduction du rôle de l’Etat »
    Mais vous voulez moins d’Etat où ?
    Moins de gentilles ninfirmières dans les gentils nhôpitaux, pour soigner
    les gentils petits nenfants malades ?

  5. « Nous devons être responsables avec l’argent du contribuable »

    ce qui signifie????

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Inscrivez-vous pour recevoir la Lettre des Libertés

Recevez la lettre tous les matins.