Pour connaître l’authentique vie des grands économistes, il convient de ne pas faire trop grand cas des gendres aux airs de grandeur ni des disciples trop compréhensifs avec leurs maîtres.
Par Francisco Cabrillo, de Madrid, Espagne
Le marquis de Mirabeau dit un jour que depuis le commencement de l’Humanité, il y eût trois découvertes qui servirent de fondements aux sociétés politiques. La première fut celle de l’écriture, qui permit aux hommes de transmettre avec sécurité leurs lois, leur histoire et leurs découvertes. La deuxième, l’invention de l’argent qui est, d’après son opinion, le lien qui unit toutes les nations civilisées. Et la troisième, la découverte du Tableau économique, gloire du 18e siècle, dont la postérité recueillera les fruits.
L’affirmation est, il est vrai, assez étrange. Mais elle reflète bien l’importance que les physiocrates accordaient à l’époque (seconde moitié du 18e siècle) à l’œuvre analytique la plus importante du maître de leur école, François Quesnay. Avec son fameux Tableau économique, Quesnay voulut montrer de forme claire les principes de la circulation de la richesse entre les différents groupes – agriculteurs, propriétaires et artisans, dans son modèle – qui intègrent un système économique. Bien que sa théorie souffrit toujours de son obsession pour la productivité du secteur agraire et de ses critiques aux dépenses qui étaient réalisées hors de ce secteur, ses idées sur l’équilibre économique constituèrent une avancée importante à son époque ; et beaucoup d’économistes, tout au long de l’histoire de la pensée économique, depuis Smith à Leontief, en passant par Marx ont revendiqué sa figure comme un des pères de cette science.
Rien, cependant, ne semblait prédisposer notre personnage à faire des découvertes dans le domaine de l’économie, ni dans sa formation, ni dans son activité professionnelle. Quesnay se consacra à la médecine tout au long de sa vie et fut même, pendant longtemps, le médecin personnel de la fameuse Madame de Pompadour. Pour cette raison, il résida à Versailles, où il jouit de l’estime personnelle du roi de France lui-même. À la Cour, il noua, de plus, de nombreux contacts avec les principaux intellectuels de l’époque, étant nommé membre de l’Académie royale des sciences. Mais les premières années de sa vie furent très éloignées de cet environnement. Et elles le furent tellement que ses descendants – conduit par un gendre, semble-t-il – estimèrent qu’il fallait inventer une biographie adéquate pour un si illustre personnage.

Et également, dans la dernière étape de sa vie, on considéra convenable d’oublier quelques détails pittoresques de son existence. Quesnay mourut en 1774 et quatre ans auparavant il fit imprimer à Versailles son œuvre Polygonométrie, avec laquelle il voulut faire connaître ses études sur quelques problèmes géométriques complexes. Le problème est que, dans cette ouvrage, il prétendit démontrer qu’il avait découvert, entre autres choses, la quadrature du cercle et la relation entre le côté d’un carré et sa diagonale. Ses amis et disciples étaient atterrés et essayèrent d’éviter la diffusion de l’œuvre. Turgot : « C’est le scandale des scandales ; c’est le soleil qui s’encroûte. » Et Dupont de Nemours écrivit peu de temps après : « Ce sont les récréations d’un vieillard bien respectable qui s’est occupé de géométrie pour la première fois à l’age de 76 ans ; aussi quand il se trouverait quelque méprise dans sa géométrie, on ne devrait pas en être fort surpris. »
En résumé, il apparaît clairement que pour connaître l’authentique vie des grands économistes, il convient de ne pas faire trop grand cas des gendres aux airs de grandeur ni des disciples trop compréhensifs avec leurs maîtres.
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Article paru dans Libertad digital. Traduit de l’espagnol.
2 réponses
Quesnay avait de bonne sintuitions mais il ne mettait pas ses raisonnemnts a l’epreuve. Toute l’oeuvre de cet home est marquee d’une insupportable absence de remise en question qui fait de lui au final un charlatan.
La fausse famille de François Quesnay: Ses descendants estimèrent qu’il fallait inventer une biographie adéquat… http://t.co/RS58UDZp