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La fin d’une époque

Les milliards pour les banquiers, l’austérité pour le peuple! La social-démocratie arrive à son terme

Les milliards pour les banquiers, l’austérité pour le peuple! La social-démocratie arrive à son terme. Il est temps de réformer les États-providence.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec

En ce moment, les États-providence de la planète menacent de s’écrouler sous le poids de leurs dettes et du vieillissement de leurs citoyens. C’est vrai en Europe, mais aussi au Japon et en Amérique. C’est pour moi l’événement de l’année 2011. Cela aura des conséquences énormes sur nos vies.

La social-démocratie — ou l’État-providence — serait une idée géniale si elle ne souffrait de deux problèmes majeurs. Elle repose sur le slogan « recevez tout de suite, vos enfants payeront demain », comme aime souligner un de mes lecteurs. Une logique insoutenable à long terme. Aussi, elle repose sur la conception naïve que les politiciens et les fonctionnaires sont des « anges » qui se dévouent au « bien public ». Alors qu’il s’agit des mêmes êtres humains, dotés des mêmes défauts et motivations, que ceux du « privé ». Ajoutez à cela que les politiciens jouent un jeu où les règles les obligent souvent, pour se faire réélire, à agir de façon contraire à l’intérêt public. Résultat : les élus gèrent à court terme, distribuent des bonbons sans compter, et refilent la facture à la prochaine génération. Jusqu’au jour où les prêteurs disent non.

Le Québec compte de belles réalisations depuis les années 1960. Mais ça veut aussi dire qu’on se retrouve, 243 milliards $ de dettes plus tard, avec des routes du tiers-monde et des ponts qui s’effondrent. Des écoles délabrées, et des urgences où il vaut mieux arriver avec un sac de couchage. Et des promesses de retraite intenables faites aux fonctionnaires et aux citoyens.

Le futur

Maintenant que le buffet est vide et que la facture arrive, verra-t-on les profiteurs se lever de table et se bousculer vers la porte d’en arrière? Quand les profiteurs sont de mèche avec les élus, c’est malheureusement ce qui arrive. En Europe et aux États-Unis, on le voit dans les sauvetages de banques érigés en système. Les milliards pour les banquiers, l’austérité pour le peuple! Ça fera redémarrer l’économie. Yeah, right

Je ne crois pas que ce sera différent ici. Avant de s’imposer l’austérité, avant de réduire la moindre cenne de dépense pour eux ou pour leurs copains, attendez-vous à ce que nos élus nous taxent à mort. C’est déjà commencé. Au provincial comme au municipal, les hausses de taxes et de tarifs se multiplient. Et on attend toujours l’ombre d’un effort de réduction de dépenses.

Quand nos élus réaliseront qu’ils empirent les choses au lieu des améliorer, quand on aura étouffé l’économie sous une montagne de taxes, l’heure des réformes arrivera. La fin de l’État tel qu’on le connait. La question : ça ressemblera à quoi?

Les pays scandinaves ont réussi à réformer leurs États-providence dans les années 1990. Aujourd’hui, leur État est viable (même si l’endettement est important dans certains de ces pays). On y paye beaucoup de taxes, mais on reçoit de bien meilleurs services. Peut-être devrions-nous y puiser quelques idées? Le problème : on y trouve des hôpitaux privés, des bons d’éducation et un syndicalisme beaucoup plus flexible. Nos syndicats-dinosaures d’ici n’en veulent pas. Alors nos politiciens-pleutres vont se contenter d’« y réfléchir ».

Nonobstant l’inertie de nos élus, 2012 marquera le début, à très petits pas, de grands changements. Le voyage risque toutefois de secouer. Et la destination demeure inconnue. Gardons espoir qu’à terme, ce sera pour le mieux.

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David Descôteaux

David Descôteaux est titulaire d’une maîtrise en science politique et d’un baccalauréat avec majeure en sciences économiques de l’Université de Montréal, où il est également chercheur associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA). Il a notamment gagné le Prix de la relève de Magazines du Québec en 2008 et le prix Excellence Caisse de dépôt et placement du Québec – Merrill Lynch en journalisme économique et financier en 2007.

4 réponses

    1. Bof, l’impasse scandinave n’est pas une « vision » très enthousiasmante, malgré leur réforme du secteur public qui tient plus de l’illusion que d’une véritable solution.

      « On y paye beaucoup de taxes, mais on reçoit de bien meilleurs services. » Non, par définition, si un service public semble bon pour certaines personnes, c’est par hasard, non par choix individuel.

  1. « Au provincial comme au municipal, les hausses de taxes et de tarifs se multiplient. Et on attend toujours l’ombre d’un effort de réduction de dépenses. »

    On croirait entendre parler de la France… sauf que le Canada n’a que 38% de dépenses publiques, alors que notre beau pays est 56%: autant dire qu’il est dans la nasse, sans pouvoir reculer (diminuer ses dépenses) alors que le Canada a encore une chance que ça se termine sans effusion de sang.

  2. Le 38% n’inclut probablement pas les provinces je me trompe ? (Il faudrais faire une moyenne mais bon) . L’article fait surtout référence à la province de Quebec qui est la plus corrompu d’Amérique du Nord.

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