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L’art de tromper

De nombreux projets culturels et festivals sont défendus selon la méthode charlatanesque des retombées économiques

Par Nathalie Elgrably, de Montréal, Québec

Mon dernier texte dénonçant le mécénat public a visiblement déplu à plusieurs artistes. L’indispensable débat sur les dépenses publiques est alimenté. Mission accomplie !

Pour défendre les largesses de l’État à leur égard, les artistes ont été nombreux à invoquer l’étude du Conference Board affirmant que le milieu culturel génère des retombées économiques de $85 G annuellement. Selon eux, ce chiffre serait suffisant pour clore la polémique. Erreur !

La méthode de calcul à la base des études de retombées économiques est loin de constituer une preuve « scientifique » irréfutable. En vérité, cette méthode est la risée des économistes. Non seulement n’est-elle pas enseignée dans les cours d’économie, mais elle est dénoncée comme étant une fraude intellectuelle.

La raison est simple. Cette méthode de calcul demande que l’on additionne tous les revenus qu’une activité génère, que ces revenus aient été gagnés directement ou indirectement. Toutefois, surtout, elle a pour particularité de transformer les coûts en revenus. L’État injecte de l’argent dans le projet ? Pas de problème ; cette somme n’est pas comptabilisée comme un coût, mais bien comme un revenu pour les récipiendaires de l’aide. On s’en doute, en faisant disparaître tous les coûts, il devient mathématiquement impossible qu’une activité soit non rentable, aussi absurde soit-elle !

(Dessin de presse : René Le Honzec)

Le plus désolant, c’est que de nombreux projets et festivals sont défendus selon la méthode charlatanesque des retombées économiques. L’aide octroyée au Cinéma Parallèle pour l’acquisition de salles de l’eXcentris en est un exemple : $2,75 M seront versés par la Ville de Montréal, et $1,25 M, par le ministère de la Culture. De braves contribuables, qui se lèvent tôt, chaque matin, pour aller gagner leur vie, seront donc heureux d’apprendre qu’on invoque une méthode bidon pour justifier le fait que l’argent de leurs impôts permet à une poignée de personnes d’aller dans un cinéma subventionné pour y visionner des documentaires, dont la production a également été subventionnée.

On dit que le travail des artistes mérite notre respect. D’accord ; mais les contribuables qui paient des impôts ne méritent-ils pas également que l’État respecte leur travail, gère sagement les fonds publics, et cesse d’offrir pareils cadeaux à quelques privilégiés ?

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Source : Le Journal de Montréal, p. 25, 12 mai 2011

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Nathalie Elgrably-Lévy

Nathalie Elgrably-Lévy enseigne l'économie à HEC Montréal depuis 1992. Elle a également enseigné l’économie à l'Université de Montréal et à l'UQAM pendant plusieurs années. Elle est l'auteure de La face cachée des politiques publiques, publié en 2006 aux Éditions Logiques, ainsi que de l'adaptation pour le Québec du volume Microeconomics, 6e édition, de Pyndick et Rubinfeld. Nathalie Elgrably-Lévy est également chroniqueuse au Journal de Montréal et au Journal de Québec. Elle a œuvré une partie de l'année 2008 à titre d’économiste senior auprès de l’Institut Fraser. Elle est titulaire d'une maîtrise en sciences de la gestion de HEC Montréal, avec une spécialité en économie appliquée et une thèse sur le déficit budgétaire fédéral. Ses intérêts de recherche se concentrent sur l'évaluation des politiques publiques.

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