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Personnes en rang regardant un écran diffusant un visage
1984 by Oscar Martinez Ciuro(CC BY-ND 2.0)
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Le capitalisme de la surveillance… une économie qui n’a plus de limites

Bienvenue aux radars de surveillance thermique, qui de mon point de vue relèvent d’une surveillance militaire des citoyens !

Dès la rentrée 2023, les enfants français vont recevoir un stylo. Un stylo un peu particulier, D’apparence anodine, s’il semble « normal » il est une révolution pour le monde de l’éducation, nous ne pouvons que nous en réjouir… Il est en effet truffé de technologies : il permet de filmer nos chères têtes blondes dès lors qu’elles l’utilisent et sont en mesure de communiquer aux enseignants et/ou aux parents la moindre prise de note !

 

Bientôt en France ?

Mais non me direz-vous ! Et vous auriez bien raison, ce nouvel outil au service d’un capitalisme de la surveillance n’a pas encore été offert à nos enfants. Quant à savoir s’il existe, la réponse est oui ! C’est un stylo dont a été doté le maximum d’élèves chinois du primaire et du secondaire en août 2022… Pour le ministre de l’Éducation de la République populaire de Chine, l’objectif serait de faciliter la « gestion des devoirs » et d’en avoir une « utilisation scientifique ».  Pourquoi pas ?

Paradoxe et non des moindres, le capitalisme de la surveillance –  cette économie qui tire profit de la surveillance numérique de la population –  a toujours un bel avenir en terre communiste, mais pas que !

Si j’introduis le sujet ainsi c’est pour montrer à quel point de petits pas en petits pas et pour avoir un citoyen tout à fait conforme aux attentes, récupérer de la data, plus rien ou presque n’étonne ! En matière de capitalisme de surveillance l’Europe, dont la France n’est pas la dernière à recourir à toutes formes de technologies de surveillance des individus, dans une intention louable cela va de soi. Que ces technologies soient 100 % fiables ou non, là n’est pas vraiment l’important. Ce qui importe c’est d’abord que l’individu se sente épié.

Donc si pour les stylos que je vous présentais il vous faudra attendre encore un peu, a contrario pour la surveillance des citoyens en France un nouveau pas est en passe d’être franchi ! Bienvenue aux radars de surveillance thermique, qui de mon point de vue relèvent d’une surveillance militaire des citoyens.

 

Les radars thermiques

La ville de Lyon peut se féliciter de les déployer !

Leur objectif ? Pourchasser les outrecuidants qui utilisent les voies réservées au covoiturage afin de pouvoir détecter même au travers de vitres teintées (entre nous soit dit majoritairement interdites) le nombre de passagers : « les capteurs thermiques pourront détecter la présence de deux adultes sur les sièges avant ou à l’arrière de la voiture ».

À Lyon, cette voie est présente sur les boulevards périphériques M6/M7. Si le système est présenté comme fiable, à ce jour des incertitudes demeurent sur leur capacité à identifier des bébés qui seraient installés dos à la route dans leur siège auto. Restera alors à savoir si un bébé est une personne ou si un papa ou une maman utilisent cette voie indument… amener un bébé à la crèche est-ce du covoiturage ? Les débats ne vont pas manquer d’être palpitants !

Mais pourquoi ne pas essayer : de fait une période d’expérimentation est prévue pour garantir la fiabilité du dispositif puisqu’en plus de comptabiliser le nombre de passagers dans les véhicules, les radars devront photographier correctement les plaques d’immatriculation des contrevenants.

Jean-Charles Kohlhaas président chargé des déplacements au Grand Lyon a précisé : « L’État les homologue lorsque la marge d’erreur est inférieure à 4 %, soit à partir de 96 % [de fiabilité] »

Non, indéniablement, plutôt que de compter sur l’intelligence et le civisme des citoyens pourquoi ne pas poursuivre cette marche en avant de surveillance tous azimuts et les prendre pour cobayes ?

Ainsi pour une voie présente sur les boulevards périphériques M6/M7 c’est le branle-bas de la surveillance innovante pour apprendre la citoyenneté au citoyen à grands renforts d’amendes en attendant l’homologation éventuelle et en réfléchissant à d’autres applications possibles !

Que dire ? La citoyenneté à base d’outils de surveillance inédits c’est beaucoup plus rentable ! Vivement les stylos ! Et dernière question sur cette « avancée » : comment l’individu ci-dessous sera-t-il considéré par ces « merveilleux » radars assis sur un siège passager ?

Image de Yannick Chatelain

Yannick Chatelain

Yannick Chatelain est professeur associé et enseignant-chercheur à Grenoble École de Management et responsable de GemInsights. Diplômé de Grenoble École de Management, titulaire d’un Doctorat Business of Administration à l’université de Newcastle-Upon-Tyne, ses travaux portent sur Internet, le contrôle social, la contre-organisation sociétale et la liberté d’expression. Expert du Digital, spécialiste du hacking et de la communauté hacker. Expert auprès de l'UNODC, (Office des Nations unies contre la drogue et le crime) dans le cadre du programme E4J : The First Expert Group Meeting to Peer-Review the E4J University Module Series on Cybercrime. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le digital marketing, le hacking et la cybercriminalité. Son dernier ouvrage : "Chroniques du Technomonde - Les évolutions récentes d'internet. Pour le meilleur ou pour le pire ?" (10 octobre 2019) est paru aux Éditions Maxima.

Une réponse

  1. Ne vous trompez pas de cible. Le problème n’est pas la caméra de surveillance, il est dans la distinction que la caméra va permettre de faire et de vérifier. Réserver des voies au covoiturage, voilà contre quoi il faut lutter, pas contre les moyens techniques de le vérifier.

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