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Le vrai bonheur

Une société qui péterait de santé aurait même des politiciens qui diraient : « Je veux des votes, mais je ne peux pas toujours donner des bonbons, plier devant les lobbys, et ensuite surtaxer les citoyens ou endetter la prochaine génération. » Faites-leur boire quelques cannettes de Red Bull, et ces politiciens pourraient même aller plus loin.

Une société qui péterait de santé aurait même des politiciens qui diraient : « Je veux des votes, mais je ne peux pas toujours donner des bonbons, plier devant les lobbys, et ensuite surtaxer les citoyens ou endetter la prochaine génération. » Faites-leur boire quelques cannettes de Red Bull, et ces politiciens pourraient même aller plus loin.

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec.

Raymond Bachand, ministre des finances du Québec

Depuis quelques années, les libéraux1 nous ont habitués à des perles dans la période entourant le budget.

Il y a deux ans, c’était le classique « L’important, ce n’est pas d’équilibrer le budget. L’important, c’est d’être heureux comme peuple », de notre ministre des Finances Raymond Bachand. L’an dernier, Jean Charest nous apprenait que « le Québec est ce que l’humanité a de mieux à offrir. » Rien de moins! Et afin de préserver notre statut d’éden intergalactique, voilà que notre ministre du bonheur récidive. Il dit aux contribuables, après deux ans de hausses de taxes tous azimuts et d’effort minime du gouvernement, que « les Québécois doivent payer leur juste part » des services publics.

Parce que vous ne le faites pas encore, ça à l’air. Le ministre aurait pu ajouter « comme nous on fait, dans nos somptueux bureaux ». Mais il s’est gardé une petite gêne.

Plus branché sur la réalité que ça, tu vas à Las Vegas mettre un 1000 $ sur la victoire des Canadiens en finale de la coupe Stanley dans trois mois.

Parmi les perles qu’on trouve dans cette entrevue de la Presse Canadienne en fin de semaine, il y a celle-là : un contribuable qui veut obtenir un service public doit accepter de payer de sa poche une partie de la facture, selon M. Bachand.

C’est drôle, mais en croulant sous le fardeau fiscal le plus élevé d’Amérique du Nord, je me disais, comme ça, que c’était sûrement déjà le cas. Sinon, où diable finissent les impôts et taxes que nous payons, M. Bachand? Broyés dans la machine?

Je comprends très bien le virage utilisateur-payeur que le gouvernement essaie de nous faire prendre pour équilibrer son budget. Mais le contribuable ne peut être à la fois utilisateur-payeur, et engraisseur-payeur. Faut choisir.

Ce qui m’amène à l’autre perle. Une société en santé, peut-on lire dans l’entrevue, est celle qui dit : « Je veux des services, mais je ne peux pas toujours demander aux autres de payer pour ». Là, je suis d’accord. Mais il manque un bout à la phrase. Une société en santé, c’est aussi celle qui dit : « je veux des subventions, des augmentations, des régimes de retraite blindés, plus de vacances… mais je ne peux pas toujours demander aux autres de payer pour. Surtout si eux-mêmes n’en ont pas. »

Là je rêve, mais une société qui péterait de santé aurait même des politiciens qui diraient : « Je veux des votes, mais je ne peux pas toujours donner des bonbons, plier devant les lobbys, et ensuite surtaxer les citoyens ou endetter la prochaine génération. » Faites-leur boire quelques cannettes de Red Bull, et ces politiciens pourraient même déclarer : « Avant d’exiger des sacrifices de mes citoyens déjà pris à la gorge, je vais commencer moi-même par réduire mes dépenses. Poser le pied à terre, prendre mon courage à deux mains, et dire non aux groupes de pression qui siphonnent impunément les fonds publics. »

Et là, je vous jure, on déborderait de santé. On serait même heureux. Et si on pouvait rajouter la mer et des plages à n’en plus finir, peut-être même ce que l’humanité a de mieux à offrir.

Sur le web

Lire en complément l’article de Nathalie Elgrably-Lévy




Notes :
  1. Note de Contrepoints : Au sens du parti libéral canadien
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David Descôteaux

David Descôteaux est titulaire d’une maîtrise en science politique et d’un baccalauréat avec majeure en sciences économiques de l’Université de Montréal, où il est également chercheur associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines (CÉPÉA). Il a notamment gagné le Prix de la relève de Magazines du Québec en 2008 et le prix Excellence Caisse de dépôt et placement du Québec – Merrill Lynch en journalisme économique et financier en 2007.

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