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Donald Trump en campagne dans le Nevada pour la primaire républicaine en janvier 2016
Darron Birgenheier-Donald Trump in Reno Nevada-janvier 2016 (CC BY-SA 2.0)
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Donald Trump échoue à réformer l’Obamacare

Donald Trump n'a pas convaincu assez de représentants républicains pour qu'ils votent la réforme de l'Obamacare.

Par Daniel Girard, depuis les Etats-Unis.

C’est une défaite qui fait mal. Donald Trump répétait depuis un an qu’une fois élu sa priorité absolue serait d’abroger l’Obamacare, un programme désastreux, aimait-il répéter.

Mais malgré ses efforts intenses caractérisés par de nombreux entretiens derrière des portes closes, Donald Trump n’a pas convaincu assez de représentants républicains à voter pour la loi de réforme de l’assurance santé du président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.

Le président Trump et Paul Ryan avaient la tâche difficile de rallier les membres de deux groupes aux intérêts contradictoires.

D’un côté, l’aile ultraconservatrice du Freeddom Caucus qui réclamait des amendements qui amincissaient la loi remplaçant l’Obamacare au point de dénaturer l’assurance santé.

De l’autre côté, des Républicains modérés qui voulaient conserver les services essentiels désignés par l’Obamacare comme les urgences et les soins de grossesse.

 

Blocage entre les ultraconservateurs et les modérés

Les Républicains paraissaient avoir l’avantage au Congrès avec 237 membres contre 193 Démocrates. Mais il leur aurait fallu s’assurer de ne pas perdre 23 appuis. Ils n’ont pu obtenir cet engagement. À chaque fois que l’équipe Trump faisait des concessions au Freeddom Caucus, il perdait des votes chez les modérés.

À cet égard, le sénateur démocrate Chris Murphy du Connecticut a raison de dire qu’il ne faut pas attribuer la défaite des Républicains juste au Freeddom Caucus. Les modérés avaient beaucoup à perdre dans ce vote.

 

Difficile de gérer un gouvernement comme une entreprise

Ce que révèle le dénouement de cette tentative désespérée d’obtenir une victoire à l’arraché dans un dossier complexe, c’est à quel point Donald Trump est pressé d’obtenir des victoires pour éblouir ceux qui l’ont élu en défiance à l’establishment. Mais ce qui fonctionne dans l’entrepreneuriat, learning by doing (apprendre par la pratique), est plus périlleux quand les partis politiques, les marchés, les tribunaux et les autres pays font partie de l’équation.

Les principes que Donald Trump énumère dans son bestseller The Art of the Deal (soit agir dans une position de force et utiliser tous ses leviers) n’ont pu être appliqués dans les dossiers qu’il a géré depuis son accès à la présidence.

Manque de préparation et impulsivité

Ainsi, alors qu’il n’est au pouvoir que depuis deux mois, Donald Trump a déjà cafouillé en imposant un décret migratoire hâtif, commencé à planifier la construction d’un mur que le Mexique refusera de payer et il a mis tout son poids derrière une loi de remplacement de l’Obamacare qui n’a pas été soumise aux membres influents du Parti républicain avant d’être proposée pour un vote. Le départ en queue de poisson de Donald Trump sidère l’analyste chevronné de CNN David Gergen.

L’importance du momentum

Peut-être que les méthodes éprouvées de l’entrepreneuriat finiront par être utilisées à bon escient par Donald Trump; Mais d’ici là il est impérieux qu’il stoppe sa série noire en créant du momentum. Les impairs qui se succèdent sapent la confiance des troupes, de l’équipe de gestion, des alliés, donnent des ailes aux opposants et affaiblissent l’Amérique.

Donald Trump veut tourner la page de l’assurance santé. Il compte se concentrer sur la réforme fiscale et la baisse de l’impôt. Mais là encore, il s’agit de dossiers complexes où le président devra s’impliquer et bosser pour gagner des appuis.

Arrivé au pouvoir comme outsider sans expérience politique ni alliés, le millardaire aurait avantage à lancer une initiative bipartisane. Investir dans les infrastructures est un plan idéal. L’idée sourit aux Démocrates car elle implique des dépenses publiques pour créer des emplois.

Du même souffle, l’initiative permettrait à Donald Trump de remplir une promesse faite aux cols bleus, celle de les amener sur les chantiers de construction. Dans ce dossier, c’est avec les Républicains que Donald Trump aura peut-être maille à partir. Mais il est dur d’imaginer Paul Ryan se dresser contre Donald Trump…

Image de Daniel Girard

Daniel Girard

Journaliste et analyste politique qui suit de près la France et les États-Unis. Diplômé de maîtrise en administration publique de Harvard. Basé à Boston.

2 réponses

  1. Comme quoi la « société civile » aux affaires est clairement wishfull thinking.

  2. C’est là qu’on comprend qu’aucune réforme même très faiblement libérale est impossible. Tout le système est noyauté par ceux qui vivent des subsides de l’état. Il en sera de même en France.

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