Par Nicolas Perrin.
Nous avons vu que parlementaires et hauts fonctionnaires ne sont pas toujours au point sur les notions de base du monde des cryptomonnaies. Quid du ministère de l’Économie et des Finances, et des agents de la Banque de France ?
Si vous êtes un lecteur régulier de cette chronique du ridicule, peut-être vous demandez-vous si elle pourrait exister sans Bruno Le Maire. Notre ministre de l’Économie n’a pas son pareil pour enchaîner les déclarations saugrenues. Mais notre normalien a assez de concurrents pour que ces billets du samedi puisent dans des sources variées.
Il fut un temps pas très lointain où Bruno Le Maire parait les cryptos de tous les maux et employait un ton fulminant dès lors qu’il abordait le sujet.
Mi-janvier, il voyait le bitcoin comme le mal incarné, la mère des cryptos menaçant le bien précieux qu’est la stabilité financière mondiale. En cela, il s’inscrivait dans la droite ligne d’Emmanuel Macron.

Début février, Bruno Le Maire revenait sur la position que la France allait défendre au G20 Finances des 19 et 20 mars à Buenos Aires. Je vous aurais bien proposé une capture d’écran de la citation sur l’éminent journal économique et financier où je l’avais lue, mais elle a depuis été remplacée par une belle photo de notre ministre dépourvue de citation, sans doute par miséricorde vis-à-vis de ce dernier.
Du coup, je vous livre le photo-montage réalisé par Jacques Favier, normalien du Cercle du Coin.
Cherchez l’erreur… Vous avez trouvé ? Bravo, le poste de ministre de l’Économie et des Finances de la République française ne devrait pas vous intimider !
Plutôt que d’utiliser l’argent du contribuable pour payer des séances de méditation aux députés, peut-être vaudrait-il mieux offrir des cours d’algèbre à notre ministre de l’Économie et des Finances, vous ne pensez pas ?
Que ne raconterait-on pas comme ânerie pour blâmer les vilains spéculateurs…
Au mois de mars, un autre qui a bien fait rire la galaxie financière, c’est Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque populaire de Chine. Un banquier central transformé en gérant d’un gigantesque hedge fund qui déclare au sujet du bitcoin que son institution n’aime pas les « produits spéculatifs », moi je trouve ça drôle, pas vous ?

Si j’avais la réponse je ne proposerais pas qu’on en discute au sein du G20. Je n’ai pas la réponse, je le dis très sincèrement.
Si l’on suit le raisonnement du ministre, on conclut que la stratégie française consiste à ne participer au G20 Finances que lorsque notre pays n’a rien à proposer…
Heureusement, depuis cette série de déclarations rocambolesques, tout a changé : quelque part entre avril et mai, Bruno Le Maire a vu la lumière ! Voici ce qu’il confiait le 15 mai lors d’un petit-déjeuner avec des entrepreneurs.

Quand les agents de la Banque de France s’expriment sur ce qu’ils ne connaissent pas bien
Le 26 avril, le tenancier de la chaîne YouTube de la Banque de France mettait en ligne une vidéo intitulée « Le point de la Banque de France sur le bitcoin et autres crypto-actifs ». Dans cette publication d’une durée de 1 minute 45, Emmanuelle Assouan, diplômée de l’IEP de Paris et Adjointe au Directeur des systèmes de paiement et des infrastructures de marché chez Banque de France, a réussi l’exploit de dire au moins neuf contrevérités ou sophismes, comme l’a recensé bitcoin.fr. Cela nous fait tout de même un errement toutes les 12 secondes.

Je ne m’étends pas plus, on a droit à toute la gamme des poncifs que vous connaissez.
Quand les banques centrales font dans la propagande
Pour être exact, les banques centrales ne jettent pas elles-mêmes le discrédit. Lorsque le job est vraiment trop sale, elles payent des gens pour le faire à leur place. C’est ainsi qu’au mois de février, on apprenait que la Banque nationale de Pologne a secrètement rétribué des youtubers pour produire des vidéos discréditant les cryptomonnaies, tout cela en collaboration avec l’Autorité de surveillance financière polonaise.

Les autorités étaient ridicules, mais elles apprennent et on pourrait avoir atteint un plateau
Comme l’écrivait encore Jacques Favier le 18 février,
la difficulté conceptuelle de Bitcoin sert un peu d’ingrédient à toutes les sauces et de prétexte à toutes les paresses. Dans une époque où l’accès à l’information n’a jamais été plus facile, je reste stupéfait du nombre d’interpellations ou de commentaires énoncés sur un mode ignare et néanmoins comminatoire.
Les déclarations de nos dirigeants perdent progressivement de leur véhémence. On passe progressivement d’une situation où les « Nuit des Idées » (Banque de France, le 25 janvier) et autres auditions au Sénat ne réunissaient que des politiciens de carrière, des hauts fonctionnaires et des agents de la Banque de France, à une situation où tout ce beau monde commence à s’entourer de véritables spécialistes, économistes indépendants, informaticiens et entrepreneurs. Puissent leurs propos être entendus !
Pour plus d’informations, c’est ici



2 réponses
C’est qu’entre temps, on a peut être fait comprendre à ces clow… pardon à ces technocrates que les blockchains ont d’énormes qualités pour la banque, l’assurance, l’industrie, l’administration…
surtout, les blockchains n’ont pas besoin des technocrates pour fonctionner. Du coup, ceux-ci vont peut-être prendre le train en marche…