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Les jeunes ont préféré Mélenchon -et Le Pen- à Macron

Les jeunes ont voté contre l’autoritarisme de Macron en reportant leurs voix vers des votes « révolutionnaires », quitte à choisir des formations dont le track record en la matière n’est pas bien meilleur que celui de l’exécutif.

Macron pourra-t-il reconquérir la jeunesse séduite par Mélenchon et Le Pen ?

Pour gagner sa place à l’Élysée, il veut convaincre même ceux qu’ils persécutaient ou ignoraient hier. En déplacement à Denain, dans le Nord de la France, le président candidat a été interpellé par deux femmes lui reprochant d’avoir voulu « emmerder les non-vaccinés ». « Emmerder les non-vaccinés, vous l’avez dit », lui rappelle une des deux femmes. « Oui mais je l’ai dit de manière entre guillemets affectueuse » a répondu Emmanuel Macron.

Ce serait donc par amour que l’exécutif a multiplié les attestations absurdes, les confinements et couvre-feux, hystérisé le débat sur la question vaccinale, poussé à l’adoption du controversé pass vaccinal, normalisé la citoyenneté à deux vitesses en fonction des objectifs politiques du gouvernement et suspendu les soignants réticents au pire moment de la crise sanitaire ? Le ton est donc donné. Le temps de la campagne, la comm’ présidentielle minore l’autoritarisme de la gestion de la crise sanitaire en la ripolinant de rose. Cela suffira-t-il à convaincre les hésitants et les sceptiques ?

Les jeunes contre Macron

Parmi eux, il y a cette grande majorité de jeunes qui ont voté Mélenchon ou Le Pen, deux candidats « radicaux » qui ont été parmi les rares politiciens à protester avec véhémence contre l’installation de l’Absurdistan sanitaire qui a étouffé le pays pendant plus de deux années. C’est que la jeunesse française a vécu la crise sanitaire comme une expérience collective particulièrement traumatisante, la plaçant à bonne distance du reste de la population, en particulier des classes plus âgées qui, elles, se sont davantage accommodées de restrictions sanitaires visant à les protéger « quoiqu’il en coûte ».

Dans leur essai La Fracture, les politologues Frédéric Dabi et Stewart Chau rendent compte de ce pessimisme commun devenu vision commune à toute la classe d’âge des moins de 30 ans. Pour 87 % des jeunes interrogés en février 2021, les étudiants se situaient dans une situation de détresse jamais vue. 70 % d’entre eux estimaient que les jeunes générations étaient injustement accusées d’être responsables de la reprise de l’épidémie. 68 % des sondés pensaient que les jeunes générations avaient été sacrifiées au profit des Français les plus âgés.

En plus du pessimisme, c’est la détresse psychologique de toute une classe d’âge occasionnée par les restrictions sanitaires qui fédère la jeunesse, au-delà du clivage droite-gauche et du statut social. Toujours en février 2021, 58 % d’entre eux se sentaient concernés par la déprime ou la dépression. Politiquement, les jeunes sont devenus déclinistes au même titre que le reste de la population, ce qui constitue un véritable effondrement de confiance depuis 2005.

Des votes « révolutionnaires » contre Macron

Il est possible que les jeunes aient voté contre l’autoritarisme de Macron en reportant leurs voix vers des votes « révolutionnaires », quitte à choisir des formations politiques dont le track record en la matière n’est pas bien meilleur que celui de l’exécutif. Mais comme le disait Philippe Muray à propos des électeurs qui utilisaient le vote Le Pen (père) comme un gourdin pour taper sur les partis de gouvernement, pour utiliser un gourdin, pas besoin d’être « gourdiniste ». Voter Mélenchon ou Le Pen, c’est aussi voter contre Emmanuel Macron.

Le président sortant a désormais moins de 10 jours pour convaincre les plus précaires et les jeunes de voter pour lui, malgré un bilan catastrophique en termes de libertés publiques. Il ne suffira plus d’invoquer l’antifascisme pour mobiliser, mais bien de prendre conscience de la gravité des mesures de restrictions qu’un État bien trop centralisé, bien trop parisiano-centré et bien trop myope n’a pas su évaluer pour protéger les plus faibles.

Image de Frédéric Mas

Frédéric Mas

Frédéric Mas est journaliste et rédacteur en chef de Contrepoints.org. Après des études de droit et de sciences politiques, il a obtenu un doctorat en philosophie politique (Sorbonne-Universités). Il s'intéresse en particulier à la politique internationale, aux théories économiques contemporaines et à la vie des idées. Il écrit également pour Atlantico.

Une réponse

  1. Pour être au contact de jeunes de lycée pro, leur attirance pour le couple Mélenchon/ Le Pen est bien antérieur au covid.

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