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Monk by Craig James(CC BY-NC 2.0)
Monk by Craig James(CC BY-NC 2.0)
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Et si l’habit faisait -vraiment- le moine ?

Nos vêtement influencent les autres... mais aussi nous-mêmes.

Par Olivier Sibony.

On sait depuis longtemps que nos vêtements influencent la manière dont nous sommes perçus par autrui : par exemple, quand on compare des hommes portant un costume sur mesure aux mêmes vêtus en prêt-à-porter, les premiers sont notés plus favorablement sur toutes les dimensions. (Sauf une : l’intégrité. Voilà un papier scientifique que Fillon aurait dû lire…)

Mais il y a autre chose : ce que vous portez vous influence aussi, vous. Une étude étonnante le montre. On y soumet des volontaires à un test d’attention difficile. Si on leur fait enfiler, avant le test, une blouse blanche de médecin, ils sont nettement plus attentifs : presque deux fois moins d’erreurs. La blouse affecte la performance, pas seulement la perception.

Mieux : si on dit aux sujets que la blouse est une blouse de peintre et non de médecin, cet effet sur l’attention disparaît totalement !

Il y a là un effet d’amorçage (« priming ») : le simple fait d’être exposé à une idée nous influence. C’est ainsi que des sujets à qui l’on a fait penser à des sportifs de haut niveau sont plus tenaces dans un test d’endurance ; ou que nous serons plus rapides à reconnaître une banane si nous avons d’abord pensé au mot « jaune ».

Mais l’effet du vêtement va au-delà du simple amorçage, car quand, dans une troisième expérience, on expose des sujets à la vue d’une blouse de médecin, mais sans la leur faire enfiler, l’effet est inexistant : la performance est identique à celle des sujets qui portent une blouse de peintre. L’effet résulte donc de la combinaison de deux facteurs : la charge symbolique du vêtement (médecin ou peintre), mais aussi le fait de le porter physiquement.

De la magie ? Non. « Les vêtements ont un effet profond et systématique sur la psychologie et le comportement de ceux qui les portent », concluent les auteurs.

D’autres études ont montré que le fait de s’habiller de manière formelle est associé à une meilleure performance cognitive ; mais aussi que le fait de porter une blouse blanche, s’il améliore la concentration sur des tâches d’attention, devient nuisible dans celles qui demandent de la créativité

Alors pour briefer l’agence de pub, gardez la chemise à fleurs ; mais pour la réunion de budget, pensez à remettre la cravate !

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Olivier Sibony

Olivier Sibony est Professeur Affilié au sein du Département Stratégie d’HEC Paris, Associate Fellow de la Saïd Business School (Université d’Oxford) et Guest Lecturer à la London Business School. Ses travaux de recherche se concentrent sur la décision stratégique et l’innovation, et en particulier sur les biais cognitifs et comportementaux qui les affectent. Il est l’auteur de nombreux articles sur ce sujet, notamment de "Before You Make That Big Decision", en collaboration avec Daniel Kahneman (prix Nobel d’économie), que la Harvard Business Review a placé en couverture de sa sélection des 10 meilleurs articles sur la prise de décision. En français, il est l’auteur de Réapprendre à Décider (Editions Débats Publics, 2015). Twitter : @siboliv

3 réponses

  1. « Il n’y a que les esprits légers pour ne pas juger sur les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible ».
    Oscar Wilde

  2. Le test de la blouse de médecin nous interpelle quant au port de vêtements traditionnels de leur pays d’origine par des immigrés en France.

    1. J’avoue avoir été tenté par certains accessoires de mode masculine papou plutôt seyants. Sûr que la France terre d’accueil n’y trouverait rien à redire…

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