Par Daniel Borrillo, professeur et chercheur au CNRS
L’emploi de l’expression « système prostitutionnel » au lieu de « prostitution » constitue le premier point d’achoppement. En permettant d’esquiver la notion essentielle de « consentement », le concept de « système » fait émerger un consensus pour lutter contre la prostitution. Comme il s’agit d’un système, le choix n’a pas d’importance : tout devient contrainte.
La vision systémique de la prostitution est construite sur certaines approximations présentées comme scientifiques : 85% des prostituées seraient des femmes, 99% des clients seraient des hommes, 90% seraient des étrangères victimes des réseaux des traites. Ces études partielles et partiales sont à l’origine d’une représentation stéréotypée de la prostitution, sur laquelle s’accordent les principales forces politiques.
Cette vision permet d’occulter le consentement de la femme dès lors que les actes auxquels elle consent sont réputés nier sa dignité et réifier sa personne. La proposition de loi parle ainsi de « marchandisation » et de non-patrimonialité du corps humain, et certains n’ont pas hésité à utiliser le terme « esclavage »… L’idéologie du système informe le regard que l’on porte sur la prostitution. Elle fonctionne comme un prisme qui permet d’amplifier l’angle retenu – ici la prostitution de rue de femmes étrangères liées à des réseaux – et d’occulter d’autres réalités telles la prostitution libre ou la prostitution sur internet.
La prostitution sur internet, par exemple, est absente des débats parlementaires. La raison principale étant que celle-ci ne correspond pas à l’image que le législateur veut donner de la prostitution. Sur le net, la prestation de services sexuels apparaît comme négociée, effectuée entre personnes égales, et dans sa majorité avec des classes moyennes de nationalité française. De même, la prostitution est présentée comme une question de genre : les femmes sont les victimes, les hommes sont les bourreaux. L’idéologie permet ainsi d’occulter la réalité de la prostitution homosexuelle, par exemple.
Le paradigme de la subordination, de la domination et de la victimisation permet de présenter la prostitution comme un préjudice fait aux femmes, qui seraient réduites à des objets dont on peut user et abuser, plutôt que sous l’angle de la morale traditionnelle. La prostitution est inacceptable non pas parce qu’elle immorale mais parce qu’elle est une violence faite aux femmes, toutes les femmes prostituées en sont victimes et aucune femme ne peut y consentir sous peine de s’aliéner et de se réifier. Ce paradigme permet, par conséquent, de traiter les clients comme des complices du système et indirectement des proxénètes, raison pour laquelle il faut les sanctionner.
La pénalisation du client : un hygiénisme moralisateur et contre-productif
En instaurant la pénalisation du client, en instituant « une interdiction d’achat d’acte sexuel », le pénal prend le pas sur le terrain du social. Désormais, seules les personnes prostituées qui veulent sortir de la prostitution bénéficieront d’une aide ; les autres, ne se considérant pas comme des victimes, n’auront rien. En traitant les femmes comme victimes et les clients comme des délinquants, voire comme des malades (la loi prévoit de stage de sensibilisation, voire rééducation), la proposition de loi favorise la déresponsabilisation de tous.
Nous assistons ainsi à la résurgence d’une forme de néo-puritanisme qui ne réglera nullement la réalité des femmes prostituées précaires. En refusant de considérer la prostitution comme un service, on délaisse les aspects sociaux de protection sanitaire, retraite, Sécurité sociale… Mais ces aspects apparaissent comme secondaires au regard de l’objectif de la proposition de loi d’imposer une morale sexuelle qui, au nom de l’égalité des femmes, s’approche du paternalisme patriarcal. À la représentation erronée d’une parfaite égalité des rapports prostitutionnels, qui a justifié pendant longtemps l’exploitation des femmes, on oppose aujourd’hui une autre idée fausse : la prostitution ne pourrait, en aucun cas, relever d’un choix personnel puisqu’elle est intrinsèquement une violence faite aux femmes.
Si la lutte contre le proxénétisme est incontestable, car contraire à l’autonomie individuelle, la proposition de loi actuellement débattue repose sur un mauvais consensus. La répression et la négation du consentement individuel sont inefficaces et illégitimes. Une autre forme de consensus doit émerger : la dépénalisation du délit de racolage semble, à ce titre, une avancée importante. Nous plaidons pour la reconnaissance du statut de « travailleur sexuel », respectant le libre arbitre de chacun, et garantissant à toutes les personnes concernées une protection adéquate.
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16 réponses
Enfin un exposé qui contient simplement les arguments qui seuls devraient être retenus. Stop à l irruption de pseudo arguments moralisateurs parlant au nom du féminisme
Seule l’instauration du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières dans l’article 3 de la Constitution permettra d’avoir sur ce sujet comme sur les autres une législation de bon sens. En permettant aux intéressées de faire connaitre leurs propositions ET de les soumettre directement au peuple DEVENU souverain. il faut se préparer à manifester pour arracher cette réforme souhaitée par 82 à 88 % des Français!
Bon OK , alors on leur paye : les congés payés, la maladie, le chômage, ça tombe bien on est en fond en ce moment . Il va falloir passer un diplôme pour avoir « droit » à faire le tapin , une plaque peut être ? Des écoles , sympa je vois déjà frétiller les profs …. et les examinateurs pour les exams chouette ! Et puis l inspection du travail , ça va être cool .
Ou éviter tout ça grâce à l’auto-entrepreneur 😉
@Pale Rider: Etes vous en train de nous dire qu’on a le choix entre la prohibition et Kolkhoze?
@Mitch , avec nos dirigeants actuels ce sera le kolkhoze c’est sûr et pas certains que les prostituées y gagnent c’était effectivement mon point .
en réaction à l’idée que :
« 90% seraient des étrangères victimes des réseaux des traites. »
Si ce fait est avéré, il illustre simplement les conséquence des restrictions d’accès au travail des étrangers. Laisser les gens travailler où ils veulent quelle que soit leurs origines, et ils ne seront pas « forcé » de chercher du travail via les systèmes mafieux…
Le fait que l’état décide de qui a le droit de travailler ou non est une des premières causes de l’exploitation de ce type. L’état est criminel encore une fois !
Elles acceptent les chèques CESU ?
Pourquoi vouloir tout contrôler, codifier, labeliser ???
La prostitution peut être un full time-job, un revenu d’appoint, une expérience …
Puis, il y a la prostitution cachée la femme qui épouse un noble pour avoir un titre, celle qui se lie officiellement à un affreux, dont le compte-en-banque tient lieu de charme, ou choisit son mai pour ses performances sur toile à matelas sont, à des titres divers, des prostituées ou dans le dernier cas des consommatrices de prostitués.
La vie privée est murée, laissons-la dans un domaine qui ne concerne en rien le secteur public !
F Le Borne: Très bien expliqué.
On refuse la prostitution comme étant une marchandisation du corps, mais par contre, la PMA ne pose aucun problème. La logique et l’État…
GPA* je voulais dire, pardon…
Tout a déjà été dit sur la question. Protéger le faible contre le fort est le devoir de l’Etat. Or la prostitution, comme l’alcoolisme, la drogue etc ne sont et ne peuvent être des « libres choix ». Ce ne sont que des dérivatifs de personnes affaiblies, momentanément ou non. Vouloir faire croire que ce sont des volontés personnelles, comme peut l’être le libertinage, est une imposture intellectuelle. il s’agit bien de dépendance et d’asservissement, pas de libération de l’indiividu.
Il serait intéressant d’avoir l’avis d’une femme.
çà c’est du sexisme!
l’avis d’une femme… comme celui de Najat Vallaud Belkacem, par exemple?