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Qui dit « TousAntiCovid » dit Anticor !

Quels sont les résultats et la contribution de l’application à la résolution de la crise ? Il demeure impossible d’en juger.

Par Yannick Chatelain.

Face à la forte dégradation de la situation sanitaire en France depuis plus de deux semaines et le placement en confinement de 19 départements de l’Hexagone, le président de la République a déclaré le 25 mars assumer les décisions prises, n’avoir ni remords ni mea culpa à faire :

Je peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec.

Un satisfecit de la gestion de crise qui n’a pas manqué de faire « bondir l’opposition ». Pour autant, c’est une posture à laquelle n’a jamais dérogé l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire.

À propos du lancement de StopCovid, le jeudi 24 septembre 2020 sur le plateau de l’émission  « Vous avez la parole » le Premier ministre répondait à une journaliste évoquant un « échec cuisant » : « pousser les Français à le faire, mais ne l’avoir pas fait ».

Le président de la République avait quant à lui déclaré « Je ne dirai pas que c’est un échec […], ça n’a pas marché ».

Une façon de voir les choses, approche que n’aurait pas reniée Lao Tseu : « Les choses ne changent pas. Change ta façon de les voir, cela suffit. »

Sans revenir sur les limites technologiques de l’outil, déjà pointées dans un white paper intitulé « The Limits of Location Tracking in an Epidemic », Jay Stanley et Jennifer Stisa Granick remettaient en cause la fiabilité des applications de traçage, notamment le traçage par Bluetooth.

L’exécutif,  s’inscrivant dans un « toujours plus de la même chose », revenait à la charge avec une nouvelle version « TousAntiCovid » à grand renfort de communication, réaffirmant sur le site gouvernemental l’importance de télécharger cette application décrite comme en mesure de compléter l’arsenal des mesures barrières déjà existantes face à la Covid-19.

Le technosolutionnisme et ses limites…

Le technotiolutionnisme est l’un des leviers régulièrement actionnés par l’exécutif pour montrer qu’il agit. À l’instar de l’IA qui a été autorisé à la RATP pour scruter les usagers qui portent le masque, pas le masque, mal le masque… et recueillir des données, la même question revient : pour engager quelles actions à même de servir l’objectif poursuivi ? Je n’ai pas la réponse.

Pour revenir à TousAntiCovid, si le technosolutionnisme est actionné la finalité est-elle plus claire ? Nonobstant tous ses travers, tous les moyens communicationnels ont été mis en œuvre par le pouvoir pour faire état d’un « succès » quantitatif en matière de téléchargement… mais où sont les résultats ?

Un « succès » quantitatif de « TousAntiCovid », pour quel impact ?

Le Premier ministre se réjouissait des quelques dix millions de téléchargements (13 millions à ce jour), et présente désormais l’application comme un maillon essentiel de la stratégie gouvernementale :

C’est un maillon essentiel de notre stratégie pour nous protéger et protéger nos proches. Si vous ne l’avez pas encore sur votre smartphone…

Quels sont les résultats et la contribution de l’application à la résolution de la crise ? Il demeure impossible d’en juger.

Le 20 juillet 2020, à la suite des contrôles diligentés par sa présidente, la CNIL estimait :

La nouvelle version de l’application StopCovid respecte pour l’essentiel le RGPD et la loi Informatique et Libertés.

Elle avait cependant relevé plusieurs irrégularités et avait mis le ministère des Solidarités et de la Santé en demeure d’y remédier. Parmi ces demandes figurait l’exigence d’étude d’impact. Une demande qui à ma connaissance n’a toujours pas à été honorée à ce jour.

Dans les faits, le gouvernement ne communique ni le nombre d’utilisateurs actifs, c’est-à-dire qui ouvrent l’application et activent le Bluetooth, ni les désinstallations. Dans les faits, toujours et encore, comme le pointait Sylvain Rolland évoquant en décembre 2020 la manipulation des chiffres par le gouvernement « seuls 3 % des cas positifs se déclarent dans TousAnti-Covid ».

Il serait à ce titre intéressant de dénombrer le nombre de personnes ayant téléchargé TousAnticovid, pour les attestations uniquement.

« NHS Covid-19 App »  VS « TousAntiCovid » : no comment ! 

La seule étude existante à ce jour mesurant l’impact d’une application de tracage numérique a été menée par des chercheurs de l’Insitut Alan Turing et de l’université d’Oxford sur l’application de tracing britannique  « NHS Covid-19 App ».

Selon leurs estimations, l’application téléchargée 21 millions de fois aurait envoyé quelque 1,7 million de notifications et permis d’éviter près de 600 000 infections au coronavirus à la fin du mois de décembre 2020.

En comparaison, le 10 mars 2021, le secrétaire d’État au numérique Cédric O se réjouissait sur Twitter des résultats de l’application française :

 

Cette communication enthousiaste du gouvernement mise en perspective avec les résultats obtenus par l’application anglaise fait un peu terne : 100 000 personnes alertées est un chiffre très faible, et de plus, est-il utile de le souligner, ne peut laisser préjuger qu’elles se sont isolées et fait tester !

Dans l’ensemble des conditions décrites, pour de nombreux observateurs, l’efficacité du dispositif doit encore être démontrée. Enfin, par-delà ses limites technologiques, pour que cette application soit efficace, nonobstant une utilisation sincère, selon le CNET il faudrait que 60 à 70% de la population l’utilise, un objectif pour le moins encore lointain.

En attendant l’étude d’impact, si tant est qu’elle soit un jour diligentée, cet objectif risque d’être encore plus dur à atteindre depuis que l’application se trouve devant un nouvel obstacle à surmonter, une action en justice qui ne va pas servir son image.

En effet, après un signalement déposé le 10 juin 2020 auprès du Procureur de la République, Anticor, une association anticorruption française, porte plainte pour favoritisme dans l’attribution des contrats relatifs à l’application StopCovid, qui n’auraient été soumis à aucune procédure de passation de marché.

Rien n’est plus facile que de dire, rien n’est plus difficile que de faire. François-Rodolphe Weiss – Les principes philosophiques et moraux (1785)

 

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Yannick Chatelain

Yannick Chatelain est professeur associé et enseignant-chercheur à Grenoble École de Management et responsable de GemInsights. Diplômé de Grenoble École de Management, titulaire d’un Doctorat Business of Administration à l’université de Newcastle-Upon-Tyne, ses travaux portent sur Internet, le contrôle social, la contre-organisation sociétale et la liberté d’expression. Expert du Digital, spécialiste du hacking et de la communauté hacker. Expert auprès de l'UNODC, (Office des Nations unies contre la drogue et le crime) dans le cadre du programme E4J : The First Expert Group Meeting to Peer-Review the E4J University Module Series on Cybercrime. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le digital marketing, le hacking et la cybercriminalité. Son dernier ouvrage : "Chroniques du Technomonde - Les évolutions récentes d'internet. Pour le meilleur ou pour le pire ?" (10 octobre 2019) est paru aux Éditions Maxima.

14 réponses

  1. je n’ai pas télécharger leur machin et je ne le ferai pas ; je ne fais pas parti de ce troupeau bêlant de peur qui s’enfonce dans la servitude aussi surement que dans des sables mouvants ;

  2. Comme beaucoup j’ai téléchargé l’application pour générer les attestations. La première chose que j’ai fait c’est supprimer les accès gps et bluetooth à l’appli

  3. La résistance vient simplement de la manie systématique d’indiscrétion dont fait preuve l’État à l’encontre de la population qui a envie de tirer le peu de rideaux qui lui restent.
    La confiance, ça se mérite.

      1. Vous prenez vos désirs pour des réalités. Regardez qui a confiance en qui et depuis combien de temps…

          1. Cela se perd plus vite que ça ne se gagne quand la confiance est établie sur un jugement rationnel.

            Mais il y a toujours des communistes …

  4. « Sans revenir sur les limites technologiques de l’outil … »

    Il y a plus que des « limites technologiques » aux outils : la pertinence liée à l’utilité de l’outil en condition réelle d’utilisation. (Qui n’a pas acheté un outil formidable qui ne sort jamais de sa valise car il prend trop de temps à mettre en oeuvre, est trop gros ou trop lourd pour un bénéfice insuffisant).

    La technologie est à la mode et souffre de l’effet de mode : engouement au départ, rejet dans une écrasante proportion quand on a jugé de la réelle utilité. Et quand l’état déploie de la « technologie planifiée » avec la même efficacité qu’Offenbach envoie ses carabiniers, il n’y a même plus de mode en cours pour soutenir un essai.

  5. Le tentation chinoise est trop forte pour les macronistes, aka totalitaristes en herbe. Savoir où chaque citoyen se trouve à chaque instant, ce qu’il fait, ce qu’il achète, quels journaux il lit, quel vidéos il écoute sur youtube, c’est la jouissance parfaite pour tout Staline lou Mao en herbe.

  6. Je rejoins les commentaires
    Surtout ne pas télécharger cette application
    La seule chose qui fonctionnera est la désobéissance

  7. Cette application était mauvaise donc oublions la mais dans les autres pays qu’en a t il été, utile ou pas ?
    Vu le résultat, tous les pays ont été touché de la même façon et avec le meme nombre de morts, 10% de décès covid, plus ou moins. Conclusion, en Europe rien ne marche, sans doute par manque de suivi, on isole pas on ne soigne pas on laisse faire la nature tout en laissant croire à une action étatique positive, cela aurait pu être pire sans eux….. Ou mieux, oui bcp mieux sans eux sans L’oms sans veran et sa clique, sans macron.

  8. Pour utiliser les fonctionnalités anticovid de l’appli, faut activer le bluetooth de votre téléphone ce qui va décharger votre batterie très rapidement.

  9. Installer une app gouvernementale sur son smartphone, qu’elle soit anti-covid ou même celle qui est destinée à gérer vos formations (Mon Compte Formation) demande un pré-requis qui n’est pas atteint: la confiance.

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