Par Gaspard Koenig
Un article de Génération Libre

Visite américaine
On les trouve concentrés dans un espace de cent mètres carrés autour de Dupont Circle, à quelques pâtés de maisons de la Maison-Blanche. J’entre dans le premier, installé dans un immeuble de bureaux d’une dizaine d’étages tout juste refait à neuf. « À quel niveau se trouve le Cato Institute ? » demandai-je à la réception. Grand sourire. « C’est le Cato Institute. » Je traverse des couloirs dignes de McKinsey. Passe devant la « direction des ressources humaines ». Jette un coup d’œil sur la « terrasse de la liberté » où bronzent les libertariens au printemps. Et fini par rencontrer le pape de la légalisation des drogues, consulté par de nombreux candidats à la présidentielle.
Brookings fait mieux : 500 salariés, un siècle d’existence, plus de 100 millions de dollars de budget annuel. Le département de politique étrangère à lui seul compte 120 employés, la plupart des professeurs de renom, qui considèrent leur passage à l’institut comme une promotion. Au Peterson Institute, à Freedom House, partout le même professionnalisme, et le pouvoir d’influence qui en découle. Les journaux font leur une des meilleures publications. Un de mes interlocuteurs s’est excusé de ne pouvoir me recevoir car il avait accepté depuis peu le poste de conseiller pour les affaires européennes à la Maison-Blanche. Et le moindre officier des douanes sait pertinemment, comme j’ai pu le constater à mon arrivée, ce que « think tank » signifie.
Situation française

Pourquoi ? D’abord, faute de moyens. Les think tanks français vivotent sur l’argent de l’État et sur celui du CAC 40. Or la politique publique est l’affaire de tous. Pour que les think tanks français deviennent réellement autonomes, il faudrait que chacun mette la main à la poche. Les idées, contrairement à ce que croyait Platon, ne tombent pas du ciel.
La raison fondamentale de ce désintérêt, c’est la primauté que revêt encore en France la figure de l’intellectuel solitaire, capable, en se promenant au Palais-Royal, de résoudre les problèmes du monde. Jamais Michel Onfray, Alain Finkielkraut ni Régis Debray ne mettraient les mains dans le cambouis des chiffres et des dossiers. À ce mépris pour les trivialités de la recherche scientifique répond, côté politique, la foi dans une administration omnipotente. Les intellectuels intellectualisent et l’administration administre. Les uns hystérisent le pays, les autres l’engourdissent. Ainsi s’explique l’absence de renouveau de nos politiques publiques.
Or les think tanks sont plus nécessaires que jamais, comme l’a bien compris le Cercle des économistes, qui a entrepris de les consulter de manière plus systématique. À l’ère de la complexité et de la multiplicité, ils bâtissent un pont indispensable entre les considérations doctrinales et les contraintes pratiques. Ils mettent en réseau les compétences de chacun autour d’un même projet intellectuel. Ils agissent en amont du débat public, pour lui donner vigueur et originalité. Et leur indépendance vis-à-vis des partis devrait leur permettre une plus grande audace. Je think tank, donc nous sommes ?
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5 réponses
C’est intéressant tout ça.
Mais d’où ces think tanks US tirent ils toi cet argent?
Mécénat et dons
Selon l’étude Global Go To Think Tank de Wharton, la Fondation pour l’innovation politique reconnue d’utilité publique est classée 1er think tank politique français et 19ème think tank politique mondial. http://urlz.fr/3dt8
La France a déjà d’innombrables think tanks, ce sont toutes les commissions créées par le gouvernement pour y loger ses amis et accessoirement fournir un rapport sur une question précise. Quelle que soit la valeur de leur travail, le résultat n’a que peu d’importance, les gouvernants prendront la décision, non pas la meilleure pour le peuple français ou pour le futur de la France, mais celle qui leur assurera le plus de voix aux prochaines élections.
Je suppose que les Américains riches n’hésitent pas à financer des think tanks. Cela ne semble pas être le cas en France.