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Elon Musk, l'entrepreneur à l'origine de Tesla Motors ou SpaceX
<a href="http://www.contrepoints.org/tag/elon-musk" target="_blank" rel="noopener">Elon Musk</a> (Crédits : OnInnovation, CC-BY-NC-ND 2.0)
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Twitter files : la haine anti-Musk brouille l’essentiel du message

Peut-être est-il temps de revenir à l’esprit de la séparation des pouvoirs et d’organiser aujourd’hui la séparation des géants de la tech de l’État ?

Cris de victoire unanimes dans le camp du Bien : après un sondage malheureux auprès des usagers de Twitter, Elon Musk a déclaré qu’il allait quitter son poste à la tête du fameux réseau social.

Au fil des semaines, ses déclarations fracassantes et sa conduite pour le moins chaotique avaient généré des centaines de milliers de commentaires, articles et papiers à charge contre celui qui avait osé racheter l’oiseau bleu sur un coup de tête. Ce coup de tête lui a tout de même coûté la première place dans le classement mondial Forbes des plus grandes fortunes mondiales et a fait dévisser l’action Tesla qu’il a vendu à hauteur de milliards pour renflouer un réseau au bord de la faillite.

 

Elon Musk dans le collimateur des médias mainstream

Depuis l’annonce du deal entre Musk et Twitter, pas une journée ne s’est écoulée sans qu’un journaliste, un communiquant, un twitto ou un politique ne pointe du doigt son « despotisme », sa « brutalité managériale », la menace qu’il fait planer sur la liberté d’expression ou la protection des minorités, son masculinisme ou son virilisme toxique, son fascisme, son soutien au harcèlement sexuel… etc. Ce qu’on ne lui pardonne pas c’est surtout d’être milliardaire et plutôt de droite, entendez ici anti-woke, plutôt favorable à la liberté d’expression et surtout assez peu loyal envers le bloc progressiste qui domine le monde de la tech.

Difficile de ne pas voir dans cette levée de boucliers autant de contre-feux allumés pour relativiser les révélations qui ont perlé au cours des semaines sous le nom de Twitter files. En effet, le peu d’empressement de la presse mainstream à relayer les manœuvres de l’ancienne direction pour ménager le candidat démocrate Biden, masquer les preuves de la compromission de son fils, aider le FBI à censurer, ghoster les comptes jugés conservateurs et même assister la propagande psy du Pentagone jure avec son acharnement anti-Musk.

 

Le mythe du féodalisme technologique

Plus généralement, les Twitter files enterrent définitivement le mythe de l’indépendance des géants de la tech par rapport aux États, en particulier des États-Unis d’Amérique. Depuis quelques années s’est en effet constituée une critique du « néoféodalisme » technologique, en général inspirée de la pensée marxiste, qui présente les GAFAM comme des puissances politiques capables de faire plier les États à leur profit.

Seulement, une nouvelle fois, les dessous de Twitter racontent une histoire bien différente. Les autorités étatiques américaines, après avoir participé à l’émergence des mastodontes de la Silicon Valley1, comme la mafia dans Le Parrain, font des offres que l’entreprise ne peut refuser, sous peine de rétorsion.

Elles poussent Facebook à censurer et à se faire le relais de la propagande sanitaire gouvernementale, manipulent Twitter pour intoxiquer la population à la veille d’une élection présidentielle, menacent de prendre des lois antitrust en cas d’opposition trop affirmée, etc. En résulte une sorte d’hybridation au sommet entre big tech et bureaucratie typique du capitalisme de connivence permettant de facto d’instrumentaliser le réseau social comme une extension réelle du pouvoir d’État.

Peut-être est-il temps de revenir à l’esprit de la séparation des pouvoirs et d’organiser aujourd’hui la séparation des géants de la tech de l’État ?




Notes :
  1. Sur le rôle de l’État de sécurité nationale nord-américain dans l’essor de la Silicon Valley : Linda Weiss, America Inc ? Innovation and Enterprise in The National Security State, Cornell Univ. Press, 2014.
Image de Frédéric Mas

Frédéric Mas

Frédéric Mas est journaliste et rédacteur en chef de Contrepoints.org. Après des études de droit et de sciences politiques, il a obtenu un doctorat en philosophie politique (Sorbonne-Universités). Il s'intéresse en particulier à la politique internationale, aux théories économiques contemporaines et à la vie des idées. Il écrit également pour Atlantico.

2 réponses

  1. J’ai malheureusement l’impression que la séparation souhaitable que vous prônez n’est pas prête d’arriver !

  2. « Organiser la séparation »… Et qui seraient ces organisateurs désintéressés ? Musk, calife à la place du calife, aurait dû apprendre à chacun qu’il fallait surtout se contenter de désorganiser la relation.

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